Mort de Valéry Giscard d'Estaing : le sacre de Bokassa, cette "souillure indélébile"

Le journaliste spécialiste de l'Afrique Vincent Hugeux commente le bilan africain de Valéry Giscard d'Estaing dans le 23h, jeudi 3 décembre.

FRANCEINFO

"Comme tous les présidents de la Ve République, Valéry Giscard d'Estaing commence par vouloir la rupture et en finir avec l'ordre gaullien post-colonial. Au début de son septennat, il y a une volonté d'inflexion très nette", concède Vincent Hugeux sur franceinfo, jeudi 3 décembre.

"Il essaie de rationaliser les relations commerciales, d'être plus dans une logique de développement, puis on s'aperçoit qu'il ne va pas bousculer ce bel ordonnancement post-colonial. Il garde des liens privilégiés avec les potentats de l'époque, ainsi que l'interventionnisme militaire : six entre 1977 et 1981, dont deux au Zaïre de Mobutu", déplore ce spécialiste de l'Afrique.

"La chasse, son immense faiblesse"

Sur l'affaire des diamants, "sa stratégie défensive est désastreuse. Mais surtout, sur le sacre de Bokassa, il n'y a rien à sauver. C'est une mascarade made in France. Tout est français. C'est l'aide de camp de Giscard qui orchestre la noria des avions qui déposent des chevaux normands qui mourront à Bangui (Centrafrique), le trône et les pièces montées viennent de Paris, la couronne est signée Arthus-Bertrand", raconte le journaliste. "C'est une souillure indélébile", ajoute-t-il.

"L'immense faiblesse de Valéry Giscard d'Estaing, c'est la chasse, il était fasciné par la chasse aux grands fauves. Cette passion va abolir le discernement et même le sens moral. Même le dernier livre publié par Giscard parle de la chasse en Centrafrique", conclut Vincent Hugeux.

Valery Giscarg d\'Estaing et le président centrafricain Jean-Bedel Bokassa, le 5 mars 1975.
Valery Giscarg d'Estaing et le président centrafricain Jean-Bedel Bokassa, le 5 mars 1975. (AFP)