Libre au Zimbabwe, le journaliste Chin'ono déclare : "Je ne vais pas arrêter de traquer la corruption" d’Etat

Après avoir été condamné et incarcéré plusieurs fois pour "incitation à la violence publique" et "outrage à la justice", Hopewell Chin'ono été libéré le 20 novembre 2020. 

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Le journaliste zimbabwéen Hopewell Chin'ono s'adresse à la presse, le 2 septembre 2020.        (JEKESAI NJIKIZANA / AFP)

Au Zimbabwe, Hopewell Chin'ono n’est pas en odeur de sainteté auprès de la classe politique dirigeante. Il a révélé des scandales de corruption amenant au limogeage, début juillet 2020, du ministre de la Santé Obadiah Moyo. 

Le parti au pouvoir le déclare ennemi de l'Etat

Le 20 juillet 2020, Hopewell Chin'ono, 49 ans documentariste et journaliste pour plusieurs organisations de presse internationales a été arrêté une première fois pour "incitation à commettre des violences publiques" sur les réseaux sociaux. Ses messages publiés sur twitter appellent les citoyens à participer à des manifestations pour lutter contre la corruption de l'Etat et la détérioration du niveau de vie au Zimbabwe.

Cette arrestation avec celle le même jour de Jacob Ngarivhume, président d'un petit parti d'opposition, Transformer le Zimbabwe, inquiète l'ambassade des Etats-Unis à Harare qui considère que l'intimidation politique de la presse n'a aucune place dans les démocraties. Mais le gouvernement déclare alors que M. Chin'ono est soupçonné de tentative de coup d'Etat avec le soutien des Etats-Unis et d'"autres puissances étrangères".

Hopewell Chin'ono arrive au tribunal dHarare, le 7 août 2020. 


 (PHILIMON BULAWAYO REUTERS)

Les ambassadeurs de plusieurs pays occidentaux au Zimbabwe, expriment leur "vive préoccupation" suite à cette répression ordonnée par le régime. "Les libertés de la presse, d'opinion et de réunion sont universellement reconnues comme des droits fondamentaux et sont garanties par la Constitution du Zimbabwe", insistent les ambassadeurs du Canada, d'Allemagne, des Pays-Bas, de Norvège, de Pologne, du Royaume-Uni et des Etats-Unis. 

Une première demande de libération conditionnelle de Hopewell Chin'ono est refusée par la justice. Ngoni Nduna, juge d'un tribunal d'Harare interdit à Beatrice Mtetwa, avocate réputée pour défendre les droits de l'homme, de le représenter. L'accusation reproche à cette avocate spécialisée depuis des années dans la défense des opposants poursuivis au Zimbabwe, d'avoir écrit des lettres méprisantes à l'égard des tribunaux de son pays et de publier sur Facebook des commentaires les dénigrant.

Libre, mais pas de tweeter !

Mais après le rejet de trois demandes de remise en liberté, deux juges de la Haute cour d'Harare ordonnent le 2 septembre la libération sous caution (10 000 dollars zimbabwéens équivalent à 120 dollars américains) de Hopewell Chin'ono et de l'opposant Jacob Ngarivhume. L’interdiction de tweeter est maintenue pour les deux hommes.

(C’est bon d’être de retour ! Contrairement à de nombreux récits erronés, je ne suis pas banni de Twitter. Mon ordonnance de caution m’interdit de parler de manifestations ou de violence sur Twitter. Je n’en ai jamais parlé, alors ça me va ! C’est twitter qui prenait le temps de réactiver mon compte !)

A nouveau arrêté

Deux mois après sa libération au terme de 45 jours de détention, le journaliste est à nouveau arrêté le 3 novembre pour outrage à la justice cette fois. Il est accusé d'avoir violé les conditions de sa libération sous caution en s’exprimant à nouveau sur Twitter. Un tweet dans lequel, il dénonce les pressions exercées par gouvernement et le ministre de la Justice sur des magistrats enquêtant sur une affaire de contrebande d'or où Auxillia Mnangagwa, l'épouse du président Emmerson Mnangagwa pourrait être impliquée. Il est emprisonné pendant 17 jours dans la section réservée aux grands criminels, condamnés à perpétuité ou à mort.

Quelques jours après sa libération ordonnée le 20 novembre par un tribunal, il déclare à l’AFP : "Je ne vais pas arrêter de traquer la corruption" d'Etat. (…) Exposer la corruption, c'est la nature du travail, sinon je ne suis plus journaliste". Il ajoute : "Le séjour en prison est épouvantable. (…) Les gens dorment comme des rats. Il n'y a pas d'eau dans les cellules, prévues pour 16, mais où s'entassent 46 détenus. Pas de place pour bouger, les maladies se propagent, bronchites et coronavirus en tête".

"Quand ils arrêtent des gens comme des journalistes, ils savent que ça va vraisemblablement les briser. Mais la corruption est une cause à laquelle je tiens, je ne les laisserai pas faire" déclare-t-il. Sous Robert Mugabe, qui a dirigé le pays d'une main de fer pendant 37 ans avant d'être dégagé par un coup d'État fin 2017, le journaliste n'a jamais été arrêté. Et pourtant "j'ai réalisé des documentaires critiques" à son égard, précise-t-il. "Mais le régime du président Mnangagwa craint l'exposition de la corruption", ajoute-t-il 

Hopewell Chin'ono à son domicile à Harare, le 21 novembre 2020. (JEKESAI NJIKIZANA / AFP)

Si ses propos sur les réseaux sociaux dérangent l’Etat c’est dit-il car : "J'atteins bien plus de monde que le quotidien contrôlé par le gouvernement. Quand ils vendent 5000 exemplaires, mes messages ou mes vidéos sont vus 100 000 fois". @daddyhope, son compte sur Twitter affiche plus de 170 000 abonnés. Effrayant pour un "régime tyrannique, corrompu".

Mais quand il arrive à débrancher de sa prochaine enquête et des réseaux sociaux, Chin'ono aime prendre sa voiture et partir à la campagne, dans son élevage de chèvres Boer, typiques d'Afrique australe.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.