L'Erythrée reconnaît la présence de ses troupes au Tigré, mais rejette les accusations d'exactions contre les populations civiles

L'Erythrée promet de retirer ses soldats de la province éthiopienne. "Les abus, les crimes de guerre et les violences faites aux femmes devront être jugés", a averti le 19 avril 2021 le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Ces Ethiopiennes pleurent les victimes d'un massacre qui aurait été perpétré par des soldats érythréens dans le village de Dengolat, au nord de Mekele, la capitale du Tigré, le 26 février 2021.  (EDUARDO SOTERAS / AFP)

Après l'avoir longtemps niée, l'Erythrée a reconnu pour la première fois la présence de ses soldats dans la province éthiopienne du Tigré, promettant dans une lettre adressée le 18 avril 2021 au Conseil de sécurité des Nations unies, de les retirer. Dans son courrier, l'ambassadrice érythréenne à l'ONU a en revanche rejeté les accusations d’exactions et de violences sexuelles perpétrées par les forces érythréennes contre les populations civiles.

Contentieux historique

Dans son combat mené depuis novembre 2020 contre le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), accusé de visée séparatiste, l'armée éthiopienne a reçu l'appui de forces venues d'Erythrée, dont une longue partie de la frontière borde le Tigré.

L'Erythrée est l'ennemi juré du TPLF depuis une sanglante guerre frontalière l'ayant opposée à l'Ethiopie entre 1998 et 2000, alors que le TPLF était au pouvoir à Addis Abeba.

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a proclamé la victoire le 28 novembre 2020 contre le TPLF après la prise de la capitale régionale Mekele. Mais les combats se sont poursuivis et l'armée érythréenne a été accusée d'avoir perpétré plusieurs massacres et de s'être livrée à des violences sexuelles.

Crimes de guerre et viols

"Les abus, les crimes de guerre et les violences faites aux femmes devront être jugés", a averti le 19 avril 2021 le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

Addis Abeba et Asmara ont longtemps nié que les Erythréens étaient actifs dans la région, jusqu'à fin mars, quand Abiy Ahmed avait finalement reconnu leur présence, avant d'affirmer que leur retrait était en cours. Mais selon le Secrétaire général adjoint des Nations unies pour les Affaires humanitaires Mark Lowcock, qui s'exprimait le 15 avril 2021 devant le Conseil de sécurité, "aucune preuve n’est venue confirmer un retrait de la région des forces militaires érythréennes".

"Le personnel humanitaire continue de signaler de nouvelles atrocités commises par les forces de défense érythréennes"

Marc Lowcock, Secrétaire général adjoint des Nations unies pour les Affaires humanitaires

à l'AFP

Dans son courrier du 18 avril 2021, l'ambassadrice érythréenne à l'ONU Sophia Tesfamariam a rejeté la véracité de ces informations. "Les accusations de viols et d'autres crimes proférées contre les soldats érythréens ne sont pas seulement scandaleuses, elles représentent également une attaque brutale contre la culture et l'histoire de notre peuple." 

Crise humanitaire 

Selon Mark Lowcock, "le nombre de personnes déplacées augmente" pour atteindre fin mars "1,7 million de personnes au Tigré". "Nous devons encore intensifier considérablement l'aide humanitaire aux populations de tout le Tigré. Nous savons déjà qu'au moins 4,5 millions de personnes sur près de 6 millions au Tigré ont besoin d'une aide humanitaire", a-t-il plaidé.

Le responsable pour l'agriculture de l'administration intérimaire du Tigré, mise en place par les autorités d'Addis-Abeba, a prévenu du risque d'une "crise" pouvant durer plusieurs années, si les activités agricoles ne reprenaient pas au plus vite.

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