Guinée : le fichier électoral comporte 2,4 millions de faux électeurs potentiels à écarter, selon des experts

Un travail de longue haleine s'annonce pour assainir le fichier électoral guinéen avant d'être fixé sur la date du double scrutin législatif et référendaire.

Le chef de file de l\'opposition guinéenne, Cellou Dalein Diallo, lors d\'un meeting le 4 octobre 2017 à Conakry. Il réclame non seulement l\'assainissement du fichier électoral, mais aussi l\'abandon du projet de référendum constitutionnel.
Le chef de file de l'opposition guinéenne, Cellou Dalein Diallo, lors d'un meeting le 4 octobre 2017 à Conakry. Il réclame non seulement l'assainissement du fichier électoral, mais aussi l'abandon du projet de référendum constitutionnel. (CELLOU BINANI / AFP)

Les experts de la Cédéao (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) dépêchés à Conakry pour faire l'audit du fichier électoral guinéen ont rendu leur rapport. Leurs conclusions sont sans équivoque : le fichier comporte d'importantes irrégularités. Plus de 2,4 millions d'électeurs y figurent sans pièces justificatives. Ils demandent par conséquent au président de la Commission électorale "de les écarter tout simplement du fichier" pour remettre les pendules à l'heure.

Ce nombre représente le tiers des noms figurant dans le fichier qui devait servir à un référendum constitutionnel et des élections parlementaires à l'origine prévues le 1er mars 2020. Le pouvoir a reporté au dernier moment ces consultations sine die, dans un contexte de fortes tensions, de vive contestation de la part de l'opposition et de critiques émanant de la communauté internationale.

"Un fichier électoral truqué et disproportionné"

L'assainissement du fichier électoral était l'une des revendications de l'opposition. Elle dénonçait précisément un fichier électoral truqué et disproportionné par rapport à la population du pays. Elle pointait notamment l'enrôlement massif et irrégulier des mineurs dans les fiefs du camp présidentiel, où le nombre d'électeurs aurait augmenté de 176% en l'espace de neuf ans. Elle avait donc décidé de boycotter les élections, prévues initialement le 1er mars et qui ont finalement été reportées. L'opposition guinéenne avait été confortée par l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), accompagnant jusqu'alors le processus électoral, qui avait jugé "problématiques"  2,49 millions de noms inscrits sur les listes.

La Commission nationale électorale prend acte

"La commission électorale guinéenne a adopté les recommandations des experts de la Cédéao", a  annoncé son président, Amadou Salifou Kébé, sur Facebook. "Nous allons mettre en application dès demain ou après-demain les dites recommandations", a-t-il ajouté, sans aucune indication quant à l'effet qu'une telle mise en œuvre aurait sur le nouveau calendrier électoral.

Reste à savoir quelle suite le pouvoir guinéen va réserver aux recommandations des experts de la Cédéao. Il reviendra à la Cour Constitutionnelle de trancher sur la liste définitive des électeurs avant l'annonce d'une nouvelle date pour l'organisation des élections.

Le scrutin législatif et référendaire a donc été reporté une seconde fois et n'aura pas lieu ce dimanche 15 mars comme annoncé précédemment. Pour l'opposition, l'assainissement du fichier électoral qu'elle réclame ne suffira pas à mettre fin aux tensions qui menacent la paix sociale dans le pays. Elle exige plus que jamais que le président Alpha Condé renonce officiellement à briguer un troisième mandat en abandonnant son projet de référendum constitutionnel.