Gambie : "3 ans, ça suffit", des milliers de manifestants réclament le départ du président Barrow

Adama Barrow, élu en 2016 en tant que candidat unique de l'opposition, s'était engagé à quitter le pouvoir trois ans plus tard et à organiser de nouvelles élections. Mais le chef de l'Etat entend désormais diriger le pays jusqu'en 2021.

D\'importantes manifestations ont eu lieu le 16 décembre 2019 à Banjul, la capitale gambienne, pour demander le départ du président Adama Barrow, conformément à ses engagements.
D'importantes manifestations ont eu lieu le 16 décembre 2019 à Banjul, la capitale gambienne, pour demander le départ du président Adama Barrow, conformément à ses engagements. (ROMAIN CHANSON / AFP)

En Gambie, petit pays anglophone d'Afrique de l'Ouest, c'est l'ébullition. La population se sent trahie par de fausses promesses et le crie dans les rues. L'objet de leur colère s'appelle Adama Barrow, 54 ans. Encadrés par les forces de l'ordre, les manifestants ont défilé par milliers dans la capitale Banjul, le 16 décembre 2019, au rythme de la musique de Bob Marley, scandant "Trois ans, trois ans !" et faisant le chiffre avec trois doigts de la main. Tous répondaient à l'appel d'un mouvement de la société civile Operation Three Years Jotna (ce qui signifie "Trois ans, il est temps", dans un mélange d'anglais et de wolof), fondé au début 2019 par un homme d'affaires gambien vivant aux Etats-Unis, Musa Kaira, dit "King Spot".

En 2016, Adama Barrow avait été investi par une coalition de l'opposition pour défier le président Yahya Jammeh, qui dirigeait l'ancienne colonie britannique d'une main de fer depuis 22 ans. Le 1er décembre de la même année, il remportait la présidentielle. Barrow avait ensuite prêté serment à l'ambassade de Gambie à Dakar le 19 janvier 2017, alors que, refusant d'abord le verdict des urnes, Yahya Jammeh se résignait à partir en exil après une intervention politico-militaire régionale. Selon la charte fondatrice de la "Coalition 2016", Adama Barrow devait diriger un gouvernement provisoire pendant trois ans, avant d'organiser une nouvelle élection à laquelle il ne pourrait pas se présenter.

Une scission dans la coalition

Fin septembre 2019, alors que la pression s'intensifiait pour que M. Barrow respecte cet engagement, une partie de la coalition a malgré tout accepté qu'il aille au bout de son mandat de cinq ans. Cependant, deux partis de la coalition, dont l'UDP, principale formation du pays et ex-parti d'Adama Barrow, n'ont pas adhéré à ce changement.

Un peu avant la manifestation, les organisateurs lui ont fait parvenir un mémorandum lui rappelant ses engagements et lui ont donné jusqu'au 19 janvier 2020, date anniversaire de sa prestation de serment, pour quitter le pouvoir. "Si tu fais une promesse à ton peuple, à ta fille, à ton fils, tu dois lui donner ce que tu lui as promis. Les trois ans sont terminés", a expliqué à l'AFP le président d'Operation Three Years Jotna, Abdou Njie, avant d'ajouter : "On est prêt à tout."

"Je transmettrai dignement le pouvoir"

De son côté, le président Barrow, qui vient d'achever un tour du pays aux allures de campagne électorale, assure tranquillement que "personne ne pourra (le) forcer à quitter la présidence avant 2021". Fin mars, il déclarait déjà : "Nous irons aux élections en 2021 et je transmettrai dignement le pouvoir à quiconque l'emportera", selon des propos rapportés par le journal The Standard.

"Autant que je sache, le président Barrow a été élu pour cinq ans. Ils ont le droit de manifester, ils ont manifesté et c'est tout", a réagi auprès de l'AFP la porte-parole de la présidence, Amie Bojang Sissoho. Tous les ingrédients sont à présent réunis pour une prochaine montée des tensions en Gambie.