Plus d'un milliard de "faux" dinars émis en Russie ne sont pas arrivés en Libye

Les billets commandés par une succursale de la Banque centrale située à l'est du pays ont étés bloqués à Malte

Des coupures de dinars libyens dans un bureau de change à Tripoli en avril 2016
Des coupures de dinars libyens dans un bureau de change à Tripoli en avril 2016 (ISMAIL ZETOUNI / X02857)

Dans un communiqué publié fin mai 2020, le département d’Etat américain a salué la saisie sur l’île de Malte d’une importante cargaison de billets libyens imprimés en Russie. Washington parle d’une transaction suspecte. Moscou contre-attaque et assure qu’il s’agit d’une commande très réglementaire.

Les accusations américaines

L’argent destiné à Benghazi dans l’est de la Libye n’est pas arrivé à bon port. Plus de 1,45 milliards de dinars libyens (1,1 milliard de dollars américains) sont bloqués depuis septembre 2019 par les autorités maltaises qui n’ont pas communiqué sur le sujet.

Washington en parle ouvertement et voit dans cette opération un signe supplémentaire de l’ingérence de la Russie. L'accusation intervient juste après les révélations américaines sur le déploiement d’avions de chasse russes en Libye en soutien au maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est.

Cet incident souligne une fois de plus la nécessité pour la Russie de mettre fin à ses actions malveillantes et déstabilisatrices en LibyeCommuniqué du département d'Etat américain

La version russe

La Russie ne voit pas où est le problème. Le ministère russe des Affaires étrangères souligne que la Libye, qui a de facto deux pouvoirs rivaux, a également deux banques centrales, l’une à Tripoli et une autre à Benghazi, dans l'est de la Libye. Moscou précise que les billets libyens avaient été commandés à la société russe Goznak dans le cadre d’un contrat signé en 2015.

La société, qui travaille également pour d'autres pays de la région, affirme de son côté que les billets émis en Russie présentent des différences visuelles avec les billets habituels mais ne sont en aucun cas des "contrefaçons".

Ce ne sont pas les dinars qui sont contrefaits, mais les déclarations de l'AmériqueMinistère russes des Affaires étrangères

La guerre des dinars

Ce n’est pas la première fois que le maréchal Haftar émet ses propres billets en concurrence avec la Banque centrale de Tripoli qui passe commande en Grande-Bretagne. Selon un rapport d'experts de l'ONU, la société russe Goznak a livré entre 2016 et 2018 à la succursale de la banque centrale de l'Est des billets libyens pour une valeur de plus de 7 milliards de dollars.

Pour certains observateurs cités par The Libya Observer, cet afflux de devises finance en partie la guerre du maréchal Haftar contre Tripoli. Transactions légitimes ou pas, il est très difficile de voir clair dans le chaos libyen.

Théoriquement, il y a un seul gouvernement reconnu par la communauté internationale. Celui de Fayez al-Sarraj, basé à Tripoli. Mais les deux pouvoirs rivaux sont soutenus par diverses puissances étrangères qui veulent asseoir leur influence dans la région.