Côte d’Ivoire : malgré les appels à la "réconciliation nationale", la confiance n’est pas rétablie entre les deux camps politiques

Après le retour de Laurent Gbagbo à Abidjan, accueilli par ses partisans en liesse, le camp Ouattara garde quelques cartes pour l'empêcher de revenir en politique.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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L'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo devant ses partisans au bureau de son parti le Front populaire ivoirien (FPI) à Abidjan, le 17 juin 2021. (SIA KAMBOU / AFP)

Laurent Gbagbo a retrouvé le sol ivoirien, fêté par ses partisans, mais l’ex-président continue de susciter une certaine méfiance du camp Ouattara qui redoute son retour en politique. Laurent Gbagbo reste privé de ses droits civiques et politiques en Côte d'Ivoire dans l'affaire du "braquage" en janvier 2011 de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Une carte dans les mains du président Ouattara, même si le gouvernement laisse entendre qu'elle pourrait être abandonnée.

Réconciliation nationale ?

Malgré les appels répétés à la "réconciliation nationale", le contentieux reste très ancien et très lourd entre les deux hommes pour espérer une vraie réconciliation. Le refus de Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite en 2010 face à Alassane Ouattara avait provoqué une crise post-électorale sanglante qui avait fait 3 000 morts. Les élections "volées" de 2002 et 2010 ne sont pas oubliées dans ce pays encore meurtri par deux décennies de violences politiques et ethniques.

Finalement innocenté à La Haye, après dix années passées dans les cellules et les couloirs de la Cour pénale internationale, Laurent Gbagbo reste passible de vingt ans de prison en Côte d’ivoire et de 550 millions d’euros d’amende pour avoir fait ouvrir les coffres de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest en janvier 2011. L’ex-président et trois de ses ministres ont été condamnés en janvier 2018 pour avoir, au moment de la crise post-électorale de 2010-2011, donné l’ordre d'ouvrir les coffres des agences de la BCEAO, alors que la Banque avait pour consigne de bloquer les comptes de l'Etat ivoirien.

"Casse" de la Banque centrale

Une condamnation qui pèse sur l’avenir politique de Laurent Gbagbo, car l’ancien président ivoirien est toujours privé de ses droits civiques. Et le président Ouattara n’envisage pas pour le moment d’amnistie dans cette affaire.

Chaque camp reste vigilant et garde quelques atouts dans sa manche. Il faut dire que la confiance est loin d’être de mise entre les deux rivaux, d’autant que nul ne connaît les intentions de Laurent Gbagbo : se faire oublier quelques temps ou au contraire retrouver un rôle politique, fort de sa toujours grande popularité. Pour sa première apparition publique, Laurent Gbagbo a assisté à la messe dominicale à la Cathédrale du quartier du Plateau et a dénoncé "les violences policières" qui ont accompagné son arrivée dans le pays.

Un accord de circonstance

Alassane Ouattara et Laurent Gbabo devaient s’accorder pour organiser le retour du dernier dans son pays, mais le match n'est pas terminé entre les deux frères ennemis. Les prochaines semaines donneront le ton de leur future relation, alors qu’ils ne se sont ni rencontrés, ni même parlé depuis plus de dix ans.

Preuve de la détermination politique du camp Ouattara, un réquisitoire à la prison à perpétuité fin mai 2021 devant le tribunal criminel d'Abidjan concernant l'ex-Premier ministre ivoirien d'Alassane Ouattara, Guillaume Soro. L'autre grand rival politique de l'actuel président ivoirien est accusé, lui, de complot contre le pouvoir "pour atteinte à la sûreté nationale".

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