Algérie : l'opposition accuse Emmanuel Macron "d'ingérence"

Les propos d'Emmanuel Macron à l'hebdomadaire Jeune Afrique ont été très mal perçus dans les rangs de l'opposition et par de nombreux médias qui ont dénoncé une "ingérence".

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France Télévisions
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L'opposant algérien Karim Tabbou (G) à Béjaia, le 24 mai 2019. (SAMIR MAOUCHE / HANS LUCAS)

L'engagement du président français Emmanuel Macron de "tout faire" pour aider son homologue Abdelmadjid Tebboune "afin que la transition réussisse en Algérie" a été vivement critiqué dans les rangs de l'opposition, qui l'a perçu comme une "ingérence" dans les affaires du pays. Karim Tabbou, figure emblématique de la contestation en Algérie, a interpellé vertement le président français Emmanuel Macron dans une lettre au vitriol (lire dans son intégralité), publiée sur son compte Facebook. 

Au nom de quelle valeur, quelle morale et quel principe démocratique, pouvez-vous justifier votre caution à un pouvoir arrogant qui emprisonne des journalistes, bafoue les libertés publiques et soumet la justice à son diktat

Karim Tabbou, opposant

Chef d'un petit parti d'opposition non agréé, l'Union démocratique et sociale (UDS), Karim Tabbou a été détenu neuf mois avant une libération conditionnelle le 2 juillet dernier. Il doit être jugé fin novembre pour "atteinte au moral de l'armée", à la suite de déclarations critiquant le régime et l'armée en mai 2019.

"Certificat de légitimité"

Emmanuel "Macron se croit autorisé à distribuer des certificats de légitimité aux dirigeants des indigènes que nous sommes", a condamné le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), un des principaux partis de l'opposition laïque.

Dans un entretien publié vendredi 20 novembre par l'hebdomadaire Jeune Afrique, Emmanuel Macron a salué le "courage" d'Abdelmadjid Tebboune, hospitalisé en Allemagne après avoir contracté le nouveau coronavirus, et promis de "faire tout (son) possible pour l'aider" dans la "période de transition" que vit le pays.

Dans le cas de l'Algérie, il s'autorise à délivrer une attestation de confiance au chef de l'Etat (...). Ceci n'est pas une simple ingérence, mais la révélation que la France est aux manettes d'une feuille de route pour notre pays

Rassemblement pour la culture et la démocratie

Communiqué

Principal parti islamiste, le Mouvement de la société pour la paix (MSP), a de son côté fustigé une France en "recul" sur la scène internationale, qui n'"éprouve aucune gêne à renouer avec ses vieilles habitudes de s'ingérer dans les affaires internes de ses anciennes colonies".

"Je ne lui répondrai pas"

Les relations entre le président algérien et le président français n'ont pas toujours été au beau fixe. Elles ont même mal commencé. Juste après son élection, Abdelmadjid Tebboune n'a pas reçu les félicitations de son homologue, qui s'était contenté de "prendre note" de sa victoire. La France, liée par une relation étroite et tumultueuse avec son ancienne colonie, est restée jusqu'ici très prudente. L'équilibre est difficile. Si elle tient des propos semblant aller dans le sens du pouvoir, elle est rejetée par la rue et si elle fait le contraire, le régime fustige son "ingérence" et accuse la contestation d'être manipulée par l'étranger. 

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