Ouganda : la militante Stella Nyanzi choisit l'exil

Emprisonnée et violentée à maintes reprises, l'activiste et opposante ougandaise justifie sa décision de partir par l'intensification de la répression politique.

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
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L'universitaire ougandaise Stella Nyanzi regarde ses lunettes au sol alors que des policiers l'interpellent le 18 mai 2020 à Kampala, la capitale ougandaise, pour avoir manifesté contre la façon dont le gouvernement distribue l'aide alimentaire pendant le confinement décrété pour contrôler la propagation du Covid-19.  (ABUBAKER LUBOWA / X07299)

La militante ougandaise Stella Nyanzi a trouvé refuge au Kenya. Virulente opposante au régime du président Yoweri Museveni, 77 ans dont 35 ans au pouvoir, l'activiste a finalement s'est finalement résolue à l'exil. Son avocat, le professeur George Luchiri Wajackoyah, a indiqué que sa cliente avait demandé l'asile politique, rapporte le journal kényan The East African. 

Protéger ses enfants 

La persécution dont elle fait l'objet par le régime de Museveni, dont le pouvoir a a été renforcé par un sixième mandat contesté par l'opposition, est à l'origine de sa décision. "Les enlèvements et les détentions d'acteurs politiques se rapprochaient de moi. Mes enfants ont été la cible de la police. J'ai quitté la prison en février de l'année dernière (2020) et je ne veux pas y retourner", a confié le Dr Stella Nyanzi lors d'un entretien téléphonique, indiqueThe East African. Elle a rejoint le Kenya "déguisée" pour éviter d'être repérée et ses enfants sont "dans une maison sécurisée" à Nairobi, la capitale kényane. 

Le mouvement sous la bannière duquel elle avait récemment fait campagne pour devenir membre du Parlement, le Forum for democratic change (FDC, le Forum pour le changement démocratique) a également relayé la nouvelle de son départ en exil. Depuis 2017, l'activiste fait l'objet d'une interdiction de sortie du territoire prononcée après qu'elle a notamment traité Janet Museveni, la Première dame et ministre de l'Education, de "cerveau vide"

(L'activiste ougandaise Stella Nyanzi a fui vers le Kenya)

"Se concentrer sur la priorité d'aimer mes enfants est un merveilleux passe-temps", a-t-elle écrit le 4 février 2021 sur les réseaux sociaux dans un post illustré par une photo d'elle avec ses trois enfants. 

Le verbe et sa chair au service de son combat 

Toujours sur les réseaux sociaux, elle résumait en décembre son année 2020 faite de nombreuses arrestations depuis sa libération en février après 15 mois d'emprisonnement. Après avoir été hospitalisée à deux reprises en avril, pour empoisonnement, mais aussi à cause de ses reins défaillants, elle sera ensuite interpellée, et parfois emprisonnée, en mai, en juin où elle a célébré ses 46 ans, en juillet, en septembre et en octobre.

L'année 2020 est aussi celle de sa première incursion politique racontée sous le mot-dièse #FromPrison2Parliament, dans un contexte où la répression contre les opposants a été portée à son paroxysme durant la campagne pour les élections générales de janvier 2021. C'est avec un casque et un gilet pare-balles que Bobi Wine, le principal adversaire du président Museveni, a défendu sa candidature. 

Au point où l'opposition, y compris Stella Nyanzi, a "choisi la prudence plutôt que le risque", écrivait-elle sur les réseaux sociaux en novembre 2020. "Parfois, la prudence est préférable au risque, surtout quand un agresseur dément, chargé de balles, assassine sans raison des innocents"

(La manifestation pacifique d'hier a été annulée, car de nombreux camarades avaient très peur des violences, des effusions de sang, des meurtres, des arrestations, des pillages et des émeutes dans les rues de Kampala. J'ai choisi de défier contre la mort. J'ai choisi la prudence plutôt que le risque.)

Aujourd'hui, Stella Nyanzi semble avoir décidé de donner un peu de répit à son corps rudement mis à l'épreuve ces dernières années. "Je suis rentrée chez moi (après sa libération), profondément traumatisée. Je suis encore en train de me remettre des traumatismes et des tortures subis en prison". En 2019, elle a fait une fausse couche durant sa détention. Son corps est la victime de la répression permanente d'un pouvoir que, cette anthropologue spécialisée dans les questions sexuelles, combat aussi avec sa nudité et sa crudité. A l'instar des mots, notamment par le biais de ses poèmes. 

Dans l'un d'eux publié le 16 septembre 2018, au lendemain de la célébration de l'anniversaire du dirigeant ougandais, elle souhaite que le "dictateur" soit "mort-né" . Dans son pays, la militante s'inscrit dans courant d'opposition politique verbale baptisée le "radical rudeness" (impolitesse radicale) en vogue depuis les années 40. Ce mode d'expression cru et ordurier servait alors à défier le colon britannique. L'exil kényan du Dr Stella Nyanzi ne devrait pas réduire sa virulence verbale envers Yoweri Museveni. 

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