Présidentielle en Ouganda : l'opposant Bobi Wine fait campagne en gilet pare-balles et casque lourd

La campagne pour la présidentielle du 14 janvier prochain sombre dans le chaos. Tout est fait pour assurer la victoire du président sortant Yoweri Museweni, au pouvoir depuis 35 ans.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Bobi Wine, de son vrai nom Robert Kyagulanyi, est bloqué par des policiers, puis arrêté à Kalangala en Ouganda le 30 décembre 2020. Désormais, il porte un gilet pare-balles et un casque lors de sa tournée électorale. (Reuters/Stringer)

C'est en gilet pare-balles et casque militaire que Bobi Wine fait désormais campagne pour la présidentielle du 14 janvier, debout dans le 4X4 qui fend la foule de ses partisans. "Si je ne portais pas cela, je ne sais pas ce qui pourrait m'arriver, confie-t-il aux journalistes. Sur les six que nous sommes dans la voiture, tous ont déjà été touchés par des tirs. C’est plus ou moins une zone de guerre."

(Après avoir emprisonné toute notre équipe de campagne, ils ont bloqué les nouvelles équipes médicales et de sécurité et confisqué les voitures des médias. Ils ont dit que je devais mener campagne seul. Mais les gens disent quelque chose. Iganga plus tôt. C’est une révolution.)

Le ton est donné. La campagne pour la présidentielle en Ouganda est un véritable chaos. Sous prétexte d'épidémie de Covid-19, les rassemblements politiques ont été interdits par les autorités. A Kampala la capitale, fief de l'opposition, la campagne a été suspendue. Pour Bobi Wine comme pour les neuf autres candidats de l'opposition, c'est désormais un combat de tous les jours afin de pouvoir s'exprimer.

Bloquer les candidats

Des candidats sont bloqués sur les routes par les policiers, d'autres sont cadenassés dans leur hôtel comme ce fut le cas pour Patrick Armuriat, le candidat du FDC. Nul ne pouvait entrer ou sortir de l'hôtel, où plus d'une centaine d'hommes des services de sécurité montaient la garde. Selon le Daily Monitor qui rapporte les faits, Patrick Armuriat est régulièrement empêché de faire campagne, subissant "des tirs de lacrymogènes dans quasiment toutes les régions du pays qu'il a traversées".

(L'Ouganda va de pire en pire. #OnRemplaceUnDictateur)

Quand bloquer les candidats ne suffit pas, les gaz lacrymogènes ou les balles en caoutchouc dispersent les supporters. "Certains jours vous commencez la journée en avalant des gaz lacrymogènes dès sept heures. Vous avez vingt personnes avec vous le matin, le soir la moitié est en prison", constate, mi-fataliste mi-amer, Bobi Wine. Cinquante de ses partisans sont morts en novembre dernier lors d'émeutes qui réclamaient sa libération de prison.

Intimidations

La tension est telle que l'ex-chanteur et leader du National Unity Platform (NUP) a préféré envoyer ses quatre enfants à l'abri à l'étranger, suite à des rumeurs d'enlèvement. La chambre d'un de ses fils a été visée par un engin explosif qui a frappé la fenêtre sans faire de victimes.

Pour Wine, ces intimidations sont l'œuvre du clan du président Museveni. "Museveni est prêt à tout pour rester au pouvoir", tempête le chanteur. Dernièrement, des proches ont été arrêtés et emprisonnés dont Nubian Li, son partenaire sur scène.

(Nous avons travaillé pour un Ouganda uni. Nous avons combattu et rejeté le chauvinisme tribal et religieux. Ce qui compte pour nous, ce sont les intérêts des Ougandais et des Africains, jamais leur identité. Nous sommes sûrs que ces références livreront la victoire le 14 janvier).

Pendant ce temps, le président candidat Museweni est libre de ses mouvements, s'insurgent ses opposants. Une campagne largement relayée par la télévision publique. "Il est assez évident que pour les forces de sécurité, ceci n'est pas une élection", estime à l'AFP le politologue Yusuf Serunkuma, professeur de la prestigieuse université de Makerere à Kampala.

Aussi, la question se pose. Dans un tel contexte, comment le pouvoir pourrait accepter une victoire autre que celle de Yoweri Museweni ? A 76 ans, dont 35 à la tête du pays, l'ex-guérillero au pouvoir de plus en plus dictatorial est "certain de la victoire", comme il l'a affirmé il y a peu. Ce genre de déclaration d'estrade, propre aux candidats à une élection, prend ici un accent très particulier...

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