Qui sont les deux groupes terroristes susceptibles d'être impliqués dans l'enlèvement des deux otages français libérés au Burkina Faso ?

Si le kidnapping n'a pas encore été revendiqué concernant les deux hommes de retour dans l'Hexagone samedi, le gouvernement français évoque la présence dans la région de "deux mouvements terroristes principaux".

Le parc national de la Pendjari, au Bénin, où deux Français avaient été enlevés le 1er mai 2019.
Le parc national de la Pendjari, au Bénin, où deux Français avaient été enlevés le 1er mai 2019. (STEFAN HEUNIS / AFP)

Qui a enlevé Patrick Picque et Laurent Lassimouillas ? Après la libération des deux Français, dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 mai, au Burkina Faso, l'identité des preneurs d'otages qui avaient kidnappé ces touristes, le 1er mai, au Bénin, reste inconnue. Aucune revendication n'a encore été diffusée. "Ce que l'on peut dire, c'est qu'il y a deux mouvements terroristes principaux qui opèrent dans cette zone, a avancé la ministre des Armées, Florence Parly. Ils sont affiliés pour l'un à Al-Qaïda, pour l'autre à l'EIGS (Etat islamique au Grand Sahara)."

Voici ce que l'on sait de ces deux coalitions potentiellement impliquées, qui se font concurrence dans une région où le jihadisme ne cesse de prendre de l'ampleur.

La piste du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans

Sa composition. Officiellement créé en 2017, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) réunit plusieurs formations jihadistes du Sahel liées à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Son chef de file est le Touareg malien Iyad Ag Ghali, leader du groupe Ansar Dine, qui avait participé à la prise de contrôle du nord du Mali en 2012 et 2013. Son numéro 2, l'Algérien Yahya Abou El Hamame a été tué, en février, par un raid militaire français dans le nord du Mali. Un autre membre fondateur de la coalition avait également péri dans une opération française, en février 2018.

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Outre Ansar Dine, le GSIM comprend notamment le groupe Al-Mourabitoune, de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, et la "katiba du Macina", du prédicateur radical peul Amadou Koufa, âgé d'une soixantaine d'années. Ces groupes "sont plus ou moins actifs, s'entraînent ensemble" et ont pour objectif de "bâtir une théocratie", expliquait à franceinfo Alain Antil, spécialiste du Sahel à l'Institut français des relations internationales (Ifri), en mars 2018. Ils réuniraient au "maximum 2 000 ou 3 000" combattants.

Ses attaques connues. Depuis sa création, le GSIM a revendiqué les principaux attentats au Sahel. Un an après sa naissance, en mars 2018, il s'est ainsi désigné comme responsable d'attaques meurtrières à Ouagadougou et a diffusé une vidéo de l'otage française Sophie Pétronin. Un mois plus tôt, il avait déjà revendiqué l'explosion qui avait coûté la vie à deux militaires français et blessé un troisième dans le nord-est du Mali. Son chef "a dit dans un communiqué que Paris était l'ennemi principal des groupes jihadistes du Nord-Mali", selon Alain Antil.

Son implication potentielle. Le GSIM était-il le destinataire de l'enlèvement des otages, mené par un autre groupe ? Selon le chef d'état-major français, l'opération de libération des otages a été lancée en raison du risque "de transfèrement de ces otages à une autre organisation terroriste qui agit au Mali et qui est la katiba Macina", ce qui aurait dès lors "rendu impossible d'organiser une quelconque opération de libération"

Citant une source militaire française, France 3 avance que "les otages étaient convoyés vers le Mali et devaient être remis à la katiba Macina". Selon une source sécuritaire burkinabé citée par Le Monde, la katiba Macina aurait bien commandité et même récupéré les deux otages français. Le quotidien souligne que son leader, Amadou Koufa, n'a encore jamais revendiqué d'attaques hors du centre du Mali, et encore moins d'enlèvements d'Occidentaux.

La piste de l'Etat islamique dans le Grand Sahara

Sa composition. Essentiellement actif dans le nord-est du Mali et de l'autre côté de la frontière avec le Niger, mais aussi dans l'est du Burkina Faso, l'EIGS est dirigé par Adnan Abou Walid al-Sahraoui. Ce dernier est un ancien responsable du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), un autre des groupes qui avaient pris le contrôle du nord du Mali en 2012. En mai 2015, il a fait dissidence du groupe de Belmokhtar pour prêter allégeance à l'organisation terroriste Etat islamique. Il compte plusieurs centaines de combattants, selon RFI.

Ses attaques connues. L'EIGS a notamment affirmé avoir "attaqué une colonne de l'armée française avec un véhicule piégé", en janvier 2018, au Mali, blessant trois soldats français de la force Barkhane. Il a aussi revendiqué une attaque, en octobre 2017, au Niger, près de la frontière malienne, qui avait coûté la vie à quatre soldats américains et quatre militaires nigériens.

Son implication potentielle. Selon une source sécuritaire burkinabé citée par Le Monde, l'enlèvement des deux Français dans le nord du Bénin aurait été mené par des éléments proches de l'EIGS, avant un transfert vers le GSIM. Comme le rappelle L'Opinion, dans une vidéo du 29 avril attribuée au chef de l'Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi avait appelé les "franchises" malienne et burkinabé de l'Etat islamique à intensifier les frappes contre la "France croisée". Il y avait mentionné Adnan Abou Walid al-Sahraoui, relève RFI.

Le chercheur Yvan Guichaoua confirme au Monde la porosité entre l'EIGS et le GSIM : "S'il existe des désaccords, des combattants des deux groupes se mélangent géographiquement et partagent des camps."