Coup d'État au Mali : "Le pays était dans l'impasse mais personne ne sait exactement comment les choses vont tourner", estime Antoine Glaser

Le journaliste spécialiste de l'Afrique subsaharienne rappelle que lors du dernier putsch, en mars 2012, "le nord du pays s'était embrasé avec les mouvements rebelles".

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Radio France
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Des membres de la junte militaires malienne arrivent au ministère de la Défense à Bamako, le 19 août 2020. (MALIK KONATE / AFP)

"Le pays était dans l'impasse, mais personne ne sait exactement comment les choses vont tourner", estime sur franceinfo, mercredi 19 août, Antoine Glaser, journaliste et spécialiste de l’Afrique subsaharienne, au lendemain d'un coup d'État au Mali, et après la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta.

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franceinfo : Ce coup d'État était-il prévisible ?

Antoine Glaser : On ne peut pas dire ça, moi je ne pensais pas du tout qu'il pouvait y avoir un coup d'État au Mali. En revanche, ce qui est réel, c'est que le pays était totalement dans une impasse politique, sociale, économique. Les écoles ne fonctionnaient plus. Surtout, ce qui était quand même très grave, c'est que les chefs d'État de la région, qui étaient venus pour faire une sorte d'inter-médiation entre le président Ibrahim Boubacar Keïta et la rue, et puis toute l'opposition qui demandait la démission du président, n'ont pas réussi.

Le Mali se trouve confronté à lui-même, et ça reste extrêmement incertain.

Antoine Glaser

à franceinfo

Le pays était dans l'impasse, mais personne ne sait exactement comment les choses vont tourner.

Quel a été l'élément déclencheur de l'arrestation et de la démission du président malien ?

Un certain nombre de militaires, des hauts gradés, ont vu qu'il n'y avait aucune perspective. C'est un coup d'État d'opportunité, et ils savaient très bien que la rue serait de leur côté. Ceci dit, on a vu la réaction immédiate des pays voisins, qui sont extrêmement inquiets, qui sont en train de verrouiller tout le système financier du Mali, pour étrangler financièrement cette junte, car on ne peut appeler ça autrement. C'est pour ça que les militaires ont tout de suite insisté en disant qu'il fallait absolument maintenir l'accord d'Alger, car avec les anciens mouvements rebelles du Nord, c'est très inquiétant.

Est-ce que ça pourrait compliquer la lutte anti-jihadiste ?

Ca pourrait rendre plus difficile la lutte anti-jihadiste, il ne faut pas oublier qu'au coup d'État de mars 2012, le nord du pays s'était embrasé avec les mouvements rebelles. C'est à la suite de cet embrasement que la France était intervenue du temps de François Hollande, avec l'opération Serval. L'acteur masqué de la région, l'Algérie, ne s'est pas prononcée sur ce qui vient de se passer à Bamako. Pourtant, ce sont les pays voisins, comme les Algériens, qui sont très très importants pour l'avenir du pays.

Que peut faire la communauté internationale aujourd'hui ?

La communauté internationale n'existe pas. Ce sont les Français de l'opération Barkhane qui sont au front, Emmanuel Macron a beau appeler l'ensemble des autres Européens à intervenir au nom de l'Europe dans l'ensemble de la zone sahélo-saharienne, en fait c'est la France qui est seule au front, et c'est un problème pour Paris.

Même s'il y a 15 000 soldats des Nations unies, c'est quand même la France qui est en première ligne avec 5 500 soldats.

Antoine Glaser

à franceinfo

Ca ne va pas arranger toutes les solutions politiques dans ce pays, parce qu'au sommet de Pau [réunion du G5 Sahel le 13 janvier 2020], Emmanuel Macron n'arrêtait pas de répéter que l'avenir n'était pas à la sécurité, aux opérations militaires, mais à la politique. La politique, actuellement, c'est un coup d'État.

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