Coronavirus : Madagascar commémore à huis clos l'insurrection de 1947 contre la France, mais peine à imposer le confinement

La commémoration du 29 mars 1947 célèbre l'insurrection des Malgaches contre la France colonisatrice, celle du 26 juin 1960 fête la proclamation de l'indépendance de Madagascar.

Vue générale d\'Antananarivo, la capitale malgache, où le confinement a été décrété depuis le 23 mars 2020 et où vivent plus de 3 millions d\'habitants (photo prise le 9 mars 2020).
Vue générale d'Antananarivo, la capitale malgache, où le confinement a été décrété depuis le 23 mars 2020 et où vivent plus de 3 millions d'habitants (photo prise le 9 mars 2020). (AGLILEO COLLECTION / AGLILEO)

Du jamais vu dans l'histoire de Madagascar. Pour la toute première fois, le 73e anniversaire de l'insurrection du 29 mars 1947 contre le colonisateur français a été célébré à huis clos, pour cause de pandémie de coronavirus. La cérémonie au mausolée national d'Avaratra Ambohitsaina, dans la capitale Antananarivo, s'est déroulée en présence du seul président Andry Rajoelina et de son gouvernement, là où, traditionnellement, des milliers de Malgaches participent aux festivités. Sur son compte Twitter, le chef de l'Etat a posté quelques photos de l'événement, dont le dépôt d'une gerbe portée par des militaires en grand uniforme, mais masque sur le nez. 

Le président Rajoelina testé négatif au coronavirus

Six jours auparavant, le confinement avait été décrété pour les millions d'habitants des deux principales villes du pays, la capitale Antananarivo et Toamasina (est), contraints de rester chez eux pour endiguer la propagation du Covid-19 sur la Grande Ile. Ces deux agglomérations sont considérées comme de gros réservoirs à coronavirus, nouveau virus dont la première apparition a eu lieu en Chine à l'automne 2019. Selon le dernier bilan publié le 30 mars, 46 cas de coronavirus ont été recensés à Madagascar qui compte 20 millions d'habitants pour 600 000 km². Le même jour, aucun décès n'était à déplorer officiellement. En première ligne dans cette crise, le président de la République a décidé de se faire tester afin de continuer à "être au service" de son pays. Le résultat s'est révélé négatif, a-t-il annoncé, en "remerciant le Seigneur". 

"Ceux tombés en 1947 nous ont laissé le patriotisme en héritage, insiste Andry Rajoelina dans son tweet. Rendons-leur hommage en nous montrant solidaires et unis pour la nation." Le 29 mars de cette année-là, des milliers de paysans, en colère contre le travail forcé et les réquisitions, s'étaient soulevés contre le colonisateur français. Leur mouvement, souvent considéré comme un signe avant-coureur de l'indépendance malgache treize ans plus tard, avait été réprimé dans le sang.

Un confinement difficile à imposer

Pas sûr cependant que ces réminiscences patriotiques suffisent à faire respecter le confinement et les gestes "barrière" contre l'infection. Le chef de l'Etat a beau répéter à ses concitoyens que "les sorties doivent être limitées au strict nécessaire", les consignes ne sont guère respectées par une population en majorité pauvre, qui n'a pas d'autre choix que de les braver pour pouvoir travailler et assurer sa survie. Afin de venir en aide aux professionnels empêchés d'exercer, un plan social d'urgence de 10 milliards d'ariary (soit 2,4 millions d'euros) a démarré fin mars.

Les combats de coqs peuvent rapporter jusqu\'à 2 millions d\'ariary en une journée soit 800 euros. Difficile de renoncer à ces paris lucratifs, même si on met sa santé en danger.
Les combats de coqs peuvent rapporter jusqu'à 2 millions d'ariary en une journée soit 800 euros. Difficile de renoncer à ces paris lucratifs, même si on met sa santé en danger. (AGATHE CATEL / HANS LUCAS)

"Une crise impossible à gérer", affirme le site de Réunion la 1ère qui évoque entre autres le non-respect des mises en quarantaine, les fausses autorisations de sortie et par-dessus tout, la corruption. Dans les campagnes, les combats de coqs réunissent autant d'amateurs qu'en temps normal, tandis que les marchés accueillent toujours la clientèle. Seuls les produits ont évolué avec la demande : on trouve beaucoup plus de gingembre et de feuilles de ravintsara que d'habitude, des plantes censées augmenter les défenses naturelles. Autant d'attitudes, témoignages de l'incrédulité face au danger, à classer parmi les comportements qui véhiculent le virus à vitesse grand V.