Libye : Al-Sarraj, le chef du gouvernement de Tripoli, passe la main

Il entend céder sa place à un nouveau gouvernement d'union nationale issu des négociations entre les factions rivales du pays. 

Fayez al-Sarraj, le chef du gouvernement de Tripoli reconnu par l\'ONU, souhaite passer la main à un futur gouvernement d\'union nationale. Il serait issu des prochaines négociations entre les factions rivales, prévues  à Genève en octobre 2020.
Fayez al-Sarraj, le chef du gouvernement de Tripoli reconnu par l'ONU, souhaite passer la main à un futur gouvernement d'union nationale. Il serait issu des prochaines négociations entre les factions rivales, prévues  à Genève en octobre 2020. (ADEM ALTAN / AFP)

Le chef du Gouvernement d'union nationale (GNA) libyen Fayez al-Sarraj a annoncé mercredi 16 septembre être prêt à quitter ses fonctions avant fin octobre pour céder la place à un nouvel exécutif issu de pourparlers interlibyens visant à parvenir à une issue politique à la crise que connaît le pays. "J'annonce à tous mon souhait sincère de céder mes fonctions à un prochain pouvoir exécutif avant fin octobre au plus tard", a-t-il déclaré lors d'une brève allocution télévisée.

Depuis l'échec des troupes du maréchal Haftar à prendre la capitale Tripoli, au printemps 2020, le front s'est stabilisé, et surtout les deux camps ont repris le chemin des négociations. En Suisse, et parallèlement au Maroc, les émissaires du GNA de Tripoli et ceux de l'ALN de Tobrouk, ont posé les bases d'un possible accord de gouvernance accepté par les deux camps.

Le départ de Fayez al-Sarraj est le préliminaire aux discussions prévues en octobre à Genève. Elles ont comme objectif d'aboutir à la composition d'un nouveau Conseil présidentiel et à la nomination d'un nouveau chef de gouvernement "qui prenne ses fonctions de manière pacifique", a souligné Fayez al-Sarraj.

Les deux leaders affaiblis

Al-Sarraj n'avait plus guère d'autre choix que de passer la main, lassé à l'entendre par près de cinq années de tractations entre des factions rivales. "Les difficultés ont été insurmontables", a-t-il plaidé lors de son intervention télévisée. Aujourd'hui, il est en opposition directe avec son ministre de l'Intérieur, Fathi Bashagha, qui contrôle Misrata et ses puissantes milices. Après l'avoir limogé un temps, il l'a finalement réintégré dans ses fonctions, montrant ainsi les limites de son pouvoir.

Mais c'est aussi la rue qui a fait entendre un besoin de changement. Fin août des manifestations se sont déroulées à Tripoli, Misrata et Zaouïa. Les manifestants, surtout des jeunes, ont dénoncé les pénuries d'eau et les coupures d'électricité, l'inflation galopante et l'incurie face à la pandémie de coronavirus. Plus globalement, ils ont rejeté une société corrompue, où le pouvoir est confisqué par les milices.

Manifestations dans les deux camps

Un réveil populaire qui a également touché l'est du pays, menaçant un peu plus le maréchal Haftar. Au point que ses hommes ont, semble-t-il, essayé de détourner le mécontentement vers l'administration civile. "Lors des rassemblements à Benghazi, des partisans de Haftar ont ouvertement soutenu les revendications des manifestants en cherchant à les canaliser contre les autorités civiles de l’Est afin de mieux les détourner d’une mise en cause de l’ANL", écrit Le Monde.

Haftar affaibli, l'heure n'a jamais été aussi propice aux négociations. Reste à savoir ce qu'il en ressortira. Un nouveau Conseil présidentiel, un nouveau chef de gouvernement ne garantissent rien, comme l'a prouvé la mission chaotique d'al-Sarraj. Bien qu'adoubé par l'ONU, son pouvoir n'a jamais dépassé Tripoli. Et sans le soutien massif de la Turquie, le GNA n'existerait plus.

Quelle sera justement l'attitude des soutiens des deux camps ? Trouveront-ils dans cette nouvelle donne de quoi satisfaire leurs intérêts ? Le jeu mortifère des clans n'est sans doute pas fini en Libye, avec ou sans al-Sarraj.