Le nouveau président tunisien fustige la condescendance française

Dans un entretien au "Journal du Dimanche", Moncef Marzouki fustige les préjugés des Français au sujet de l'islam et de la démocratie dans les pays arabes.

Le nouveau président tunisien Moncef Marzouki à Sidi Bouzid, le 17 décembre 2010.
Le nouveau président tunisien Moncef Marzouki à Sidi Bouzid, le 17 décembre 2010. (AUDE OSNOWYCZ / SIPA PRESS)

Devenu président de la République de Tunisie lundi 12 décembre, Moncef Marzouki n'a pas attendu pour critiquer la condescendance dont la France, à ses yeux, fait preuve à l'égard de la Tunisie. "Je suis francophone et francophile, (...) mais je constate que les Français sont ceux qui comprennent le moins le monde arabe, alors que ce devrait être le contraire", déplore-t-il dans un entretien au Journal du Dimanche, le 18 décembre. Pour lui, "les Français sont prisonniers d’une doxa [de préjugés] au sujet de l’islam"

Il en veut pour preuve "les considérations culturalistes, pour ne pas dire racistes, formulées à Paris par certains, dont l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, qui se demande si l’Occident doit exporter sa démocratie. Comme si la démocratie était propre aux pays occidentaux".

"L'esprit colonial, c'est terminé"

L'ancien opposant de gauche et défenseur des droits de l'homme assure que "les craintes à l'égard d'Ennadha (le parti islamiste majoritaire) sont absurdes". "Notre société recèle une partie conservatrice et une autre moderne. L'expression politique du conservatisme, c'est l'islamisme. Vous avez des partis démocrates-chrétiens en Europe, nous avons un parti démocrate islamiste", juge-t-il.

"L'esprit colonial, c'est terminé", prévient Moncef Marzouki, qui a passé de nombreuses années en exil en France. Et de conclure : "La révolution de janvier 2011 nous a donné la démocratie, la République et finalement l'indépendance."