En Afrique subsaharienne, les serpents tuent 30 000 personnes par an

Au Kenya, une équipe tente de metttre au point un sérum efficace.

Récolte de venin au Centre kenyan de recherche sur les morsures de serpents.
Récolte de venin au Centre kenyan de recherche sur les morsures de serpents. (NJERI MWANGI / X03917)

A l’époque, en 2015, MSF tirait la sonnette d’alarme. Les stocks du sérum FAV-Afrique allaient bientôt être épuisés, puisque Sanofi Pasteur abandonnait sa production. Or ce sérum était le seul réellement efficace pour traiter les morsures de serpent en Afrique subsaharienne. Dans cette région, 30 000 personnes meurent chaque année de morsure et 8000 subissent des amputations, selon MSF.

En fait, les éléments de remplacement au FAV-Afrique ont montré leurs limites. Selon David Williams, chef du service australien de recherche sur les venins (AVRU), "certains produits commercialisés en Afrique se sont révélés inefficaces et dangereux", jetant le discrédit sur le traitement médical des morsures. "Un produit indien, fabriqué au Ghana en remplacement de celui de Sanofi, accroît même la mortalité pour les morsures de serpent ". Un comble.

Conséquence, toujours selon l’AVRU, dans certains pays comme le Sénégal, 70 à 90 % des personnes mordues préfèrent s’en remettre à un guérisseur traditionnel. Une fois encore, comme dans beaucoup d’autres domaines, les populations les plus pauvres sont les plus concernées. Le travail agricole, l’habitat précaire, l’absence de chaussures contribuent au risque. Le coût des soins et leur disponibilité rendent ces populations encore plus vulnérables.

L’agence Reuters rapporte ainsi la triste histoire d’une jeune maman kényane, Beth Mwende. Sa fille Mercy a été mordue au cou par un serpent. Elle s’est rendue chez le guérisseur qui a placé des pierres sur la morsure pour aspirer le venin. Mercy est décédée en quelques heures. Comme elle, 700 Kényans meurent chaque année de morsures de serpent. Et le nombre réel de décès est certainement supérieur, les victimes ne se rendant pas toujours à l’hôpital.

Un technicien montre le venin recueilli sur une vipère au Centre de recherche sur les morsures de serpent de Nairobi.
Un technicien montre le venin recueilli sur une vipère au Centre de recherche sur les morsures de serpent de Nairobi. (NJERI MWANGI / X03917)

Recherches au Kenya

Aussi, faute de sérum efficace, le Centre de recherche et d’intervention sur les morsures de serpent du Kenya espère le fabriquer d’ici cinq ans grâce au soutien de l’Ecole de médecine tropicale de Liverpool. Car l’efficacité d’un sérum réside dans le choix des venins utilisés. Le plus efficient sera celui créé à partir du venin du serpent qui a mordu.

Ainsi, la faible efficacité des vaccins importés s’explique par le choix de serpents asiatiques (choix fait par des chercheurs en Asie) et non africains pour leur conception.

L’enjeu sanitaire est de taille. L’étude menée permettra très certainement d’obtenir un sérum ad hoc. Mais il faudra aussi tenir l’épreuve des coûts. L’objectif est de parvenir à un sérum autour de 30 dollars la dose, soit le tiers du prix des produits importés à l’efficacité variable.

Faute de quoi, la population se détournera de l’offre de soin, car trop coûteuse.