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Guinée Bissau : les pays d'Afrique de l'Ouest reconnaissent Embalo comme président, après des mois d'imbroglio

L'ancienne colonie portugaise a enfin un président : l'opposant Umaro Sissoco Embalo, dont la victoire a été contestée par son rival du parti majoritaire. Jusqu'à ce que la Cédéao mette bon ordre à la situation le 23 avil 2020.

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Le bulletin de vote du deuxième tour de la présidentielle en Guinée Bissau, le 29 décembre 2019, proposait le choix entre le candidat du parti majoritaire Domingos Simoes Pereira et l'opposant Umaro Sissoco Embalo. (SEYLLOU / AFP)

Fin d'un suspense politique en Guinée Bissau, petit pays ouest-africain de 1,8 million d'habitants, abonné aux crises politiques. La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao) vient en effet de reconnaître Umaro Sissoco Embalo comme président du pays, après quatre mois de blocage post-électoral.

L'adversaire de M. Embalo au second tour de la présidentielle du 29 décembre 2019, Domingos Simoes Pereira, chef du parti historique et majoritaire au Parlement, n'a cessé de contester la victoire de son challenger. "Entre Embalo et moi, il n'y a rien à discuter", disait-il encore mi-mars.

Une meilleure entente des pays de la Cédéao aurait pu régler la question plus vite

La Guinée Bissau, qui a connu depuis son indépendance en 1974 une succession de coups d'Etat, de tentatives de coups de force et de gouvernements, était dans une impasse. De plus, la communauté internationale, à commencer par les pays africains, était jusqu'alors divisée sur le camp à choisir.

Mais, "face à la persistance de ce blocage et après analyse approfondie de la situation politique du pays, les chefs d'Etat et de gouvernement de la Cédéao ont décidé de reconnaître la victoire de Monsieur Umaro Sissoco Embalo", explique le 23 avril 2020, dans un communiqué, l'organisation régionale, médiatrice dans les crises chroniques qui secouent l'ancienne colonie portugaise.

Le président de la conférence des chefs d'Etat de la Cédéao, le Nigérien Mahamadou Issoufou, a "salué la présence parmi nous du président Umaro Sissoco Embalo" lors d'une visio-conférence sur le Covid-19 le même jour, selon le texte de son discours. La Cédéao (15 Etats) demande à M. Embalo de nommer un nouveau Premier ministre et un nouveau gouvernement "au plus tard le 22 mai 2020".

M. Embalo, ex-Premier ministre issu de l'opposition, a été déclaré vainqueur à plusieurs reprises par la commission nationale électorale. Il s'est autoproclamé président et s'est fait investir dans un grand hôtel de Bissau le 27 février. Il s'est ensuite installé au Palais présidentiel et a nommé un gouvernement, dirigé par son allié Nuno Gomes Nabiam, après avoir limogé le Premier ministre Aristides Gomes, du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap Vert (PAIGC), majoritaire au Parlement.

La faute à la Constitution qui encourage l'instabilité

Il a ignoré l'absence de décision définitive de la Cour suprême sur les recours introduits par M. Pereira, qui dénonce des fraudes lors du scrutin et demande un recomptage des bulletins. Son parti, qui domine la vie politique depuis 1974, a même investi un président intérimaire, le président de l'Assemblée nationale Cipriano Cassama, mais celui-ci a renoncé, disant craindre pour sa sécurité.

L'actuelle Constitution passe pour favoriser les tensions entre les pouvoirs. La Cédéao, très investie dans le règlement durable de la situation politique bissau-guinéeene, souligne donc "la nécessité d'engager immédiatement la réforme relative à une nouvelle Constitution qui sera soumise à un référendum dans six mois".

Le Premier ministre déjà nommé par M. Embalo, M. Nabiam, a déposé au Parlement son programme de politique générale, a constaté l'AFP sur place. Les députés sont supposés le discuter en mai.

Désormais absent de la présidence de la République, le PAIGC dispose néanmoins d'une majorité relative de 47 députés sur 102, qui le mettrait théoriquement en position de force pour bloquer ce programme. Mais, avec la crise du Covid-19, de nombreux députés sont hors du pays.

Prenant les devants, M. Embalo a menacé de dissoudre l'Assemblée en cas de blocage. Il a aussi dit, si ça devait être le cas, avoir donné des "instructions très claires" pour couper les salaires des parlementaires avant de nouvelles législatives.

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