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En Ouganda, un journal publie les noms des "200 principaux homosexuels" du pays

Le tabloïd publie cette liste, mardi 25 février, alors que le président ougandais a promulgué la veille une loi qui durcit encore la répression de l"homosexualité dans le pays. Les partenaires de l'Ouganda font part de leur inquiétude.

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Un journal ougandais publie les noms de 200 homosexuels, mardi 25 février, au lendemain d'une loi très largement homophobe. (ISAAC KASAMANI / AFP)

"Mis à nu !", titre en une le tabloïd ougandais Red Pepper, mardi 25 février. Au lendemain d'une loi qui durcit encore la répression de l'homosexualité, il propose à ses lecteurs de découvrir le nom des "200 principaux homos d'Ouganda identifiés."

Le journal publie des photos d'un responsable d'une association de défense des minorité sexuelles, d'un populaire prêtre catholique, d'une rappeuse renommée et d'une militante connue de la cause homosexuelle. La grande majorité des personnes nommées - dont des défenseurs de la cause homosexuelle - n'ont jamais exprimé publiquement leur préférence sexuelle.

Quand la presse locale pourchasse les homosexuels

Ce n'est pas la première fois que la presse locale pourchasse les homosexuels. A l'image d'Oussam, dont le portrait avait été diffusé en juin 2013 sur France 2. Son nom et sa photo avaient été publiés par un tabloïd parmi une liste de militants que le magazine appelait à "pendre".

"La chasse aux sorcières médiatique est de retour", a tweeté Jacqueline Kasha, célèbre militante de la cause homosexuelle en Ouganda, dont le nom avait été publié en octobre 2010 dans un autre tabloïd local - Rolling Stone - au côté de ceux de 100 prétendus homosexuel(le)s, sous le titre "Pendez-les !".

Jacqueline Kasha avait fait condamner le journal au côté notamment de David Kato, figure de la cause homosexuelle en Ouganda, lui aussi cité et assassiné quelques mois plus tard.

Fin 2013, enfin, Red Pepper avait publié des photos montrant un retraité britannique, Bernard Randall, ayant des relations homosexuelles, images privées tirées de son ordinateur volé, entraînant l'inculpation de l'intéressé pour "trafic d'images obscènes". Finalement acquitté mi-janvier, Bernard Randall a été expulsé d'Ouganda, accusé de corrompre les moeurs de la jeunesse.

Une des législations les plus dures du monde

Les relations homosexuelles étaient déjà passibles de la prison à vie en Ouganda. Cette fois, la loi promulguée lundi par le président Yoweri Museveni prohibe notamment la "promotion" de l'homosexualité et oblige à dénoncer quiconque s'affiche homosexuel. Les observateurs craignent que le texte encourage encore un peu plus le harcèlement et les violences déjà répandus dans ce pays où l'homophobie est alimentée par les puissantes Eglises évangéliques.

Cette loi suscite de sévères critiques des défenseurs des droits de l'Homme et des homosexuels, ainsi que de nombreux partenaires occidentaux de l'Ouganda. Les Etats-Unis ont fait savoir que la promulgation de la loi allait "compliquer les relations" entre les deux pays. Les Pays-Bas, la Norvège et le Danemark ont annoncé dès lundi la suspension de certaines de leurs aides. Yoweri Museven, au pouvoir depuis 1986, a expliqué lundi qu'il ne craignait pas la coupe des aides internationales. Tout précisant qu'on n'était pas "homosexuel de nature" mais par choix, il a qualifié les homosexuels de "dégoûtants", mardi sur CNN (en anglais).

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