Suspension des vols de British Airways vers Le Caire : "L’Egypte est au centre d’une région particulièrement instable"

Le ministère britannique des Affaires étrangères évoque "un risque accru de terrorisme contre l'aviation" sur son site internet. 

Un avion de la British Airways, le 15 juillet 2019.
Un avion de la British Airways, le 15 juillet 2019. (NICOLAS ECONOMOU / NURPHOTO)

Samedi 20 juillet, British Airways a suspendu ses vols en direction du Caire pour une semaine, un journaliste spécialisé explique sur franceinfo que la région est particulièrement instable. La compagnie allemande Lufthansa suspend également ses vols, mais pour seulement 24H. 

Air France, en revanche, a fait savoir qu'elle maintenait ses liaisons avec le Caire, une décision prise "en liaison avec les autorités françaises ainsi que les autorités locales en Egypte". La compagnie ajoute qu'elle suit la situation "en temps réel"

De son côté, le ministère britannique des Affaires étrangères pointe un risque élevé de terrorisme aérien avec une possibilité d’attaque sur l’ensemble du territoire égyptien. "Toute la région est instable, mais il n’y a pas eu d’attaque spectaculaire contre des touristes en Egypte depuis 2015", a estimé dimanche 21 juillet sur franceinfo Alain Gresh, directeur du journal en ligne l’Orient XXI, spécialisé sur le Moyen-Orient.

franceinfo : Cette alerte du ministère britannique des Affaires étrangères vous surprend-t-elle ?

Alain Gresh : Elle surprend par le fait qu’elle s’étend à tout le territoire égyptien et que depuis quelques temps, il n’y a pas eu d’attaque spectaculaire en Egypte. Mais en même temps, elle ne surprend pas parce que la situation en Egypte depuis la prise du pouvoir par les militaires et le général [Abdel Fattah al-]Sissi, il y a maintenant six ans, est totalement instable. Elle est instable dans le Sinaï, où depuis cette période, l’armée est incapable de venir à bout d’une insurrection menée par une branche de l’Etat islamique. Elle est très instable dans le reste du pays, même si c’est beaucoup moins spectaculaire et qu'il n’y a pas d’attaque terroriste au sens propre du terme. Il y a une instabilité qui est visible pour tout le monde. L’Etat islamique a une branche très active dans le Sinaï qui, de temps en temps, a mené des actions y compris dans l’Est égyptien. L’Egypte est frontalière de la Libye qui est aussi dans une situation très instable, donc il y a aussi de la circulation d’hommes, d’idées, de matériel. Toute la région est effectivement instable, mais il n’y a pas eu d’attaque spectaculaire contre des touristes en Egypte depuis relativement longtemps, depuis 2015.

En octobre 2015, 224 personnes ont péri dans le crash d'un avion russe Métrojet dans le Sinaï. Les autorités redoutent-elles d’avoir un scénario similaire avec un appareil qui serait touché en plein vol par une organisation terroriste ?

C’est possible, mais s’il y a eu des informations, ce sont les informations des services de renseignement britannique. C’est difficile pour quelqu’un d’extérieur de les corroborer ou non. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une situation d’instabilité, que l’Egypte est au centre d’une région particulièrement instable, qu’il y a une guerre qui se déroule à l’intérieur de son territoire, que l’Egypte elle-même est impliquée en Libye, que tout ça crée une situation qui peut être inquiétante. Maintenant, depuis un an et demi, il y a une reprise relative du tourisme en Egypte. On est revenu à des chiffres qui représentent la moitié des chiffres de tourisme d'avant 2011. Ils sont faibles, mais plus élevés qu’en 2013 ou 2014.

Les autorités britanniques expliquent que l’an dernier, il y a eu environ 415 000 ressortissants du Royaume-Uni qui sont allés en Egypte. Ces suspensions de vols vont-elles porter un coup au tourisme en Egypte ?

Il y a un risque. Il y avait une progression relative du tourisme en Egypte, mais maintenant ça risque de lui porter un coup d’arrêt. Les touristes les plus réticents à retourner en Egypte, depuis 2011, sont les touristes européens. En revanche, [les Egyptiens] ont développé un tourisme avec l’Asie et d’autres régions du monde. En Europe, il y a une sensibilité très grande à tout ce qui se passe en Egypte, ne serait-ce que parce que c’est, d’une certaine manière, la porte à côté.