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Mort de l'étudiant Giulio Regeni au Caire : comment l'Egypte s'est mis l'Italie à dos

La disparition du jeune Italien, retrouvé mort en février dans la banlieue du Caire, s'est transformée depuis en conflit diplomatique opposant l’Egypte à l’Italie.

Article rédigé par
Simon Prigent - franceinfo
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 4 min.
Lors d'une manifestation au Caire le 15 avril 2016, un activiste égyptien tient une affiche appelant à ce que justice soit faite pour le jeune Italien, Giulio Regeni, assassiné au Caire fin janvier 2016. (MOHAMED ABD EL GHANY / REUTERS)

Le 25 janvier, Giulio Regeni, doctorant italien de 28 ans, disparaît au Caire. Une dizaine de jours plus tard, son corps mutilé est retrouvé dans un fossé, le long d'une route de la banlieue cairote. Mais depuis, le fait divers s'est transformé en conflit diplomatique. Car depuis le début de l’enquête, la justice égyptienne a livré plusieurs versions des faits, rejetées l'une après l'autre par le gouvernement italien, qui réclame de véritables investigations.

Qui était Giulio Regeni ?

Giulio Regeni était un étudiant italien de 28 ans, scolarisé à l’université anglaise de Cambridge. Pour sa thèse sur les syndicats égyptiens indépendants, qui ont vu le jour après la chute d'Hosni Moubarak il y a cinq ans, le jeune doctorant se rend au Caire. Mais selon plusieurs de ses proches, il disparaît le 25 janvier alors qu’il se rendait à un rendez-vous dans une station de métro de la capitale.

Les faits se déroulent le jour du cinquième anniversaire de la révolte de 2011. Pour éviter les débordements de violence, des policiers et soldats sont mobilisés dans toute la ville, et tout rassemblement ou manifestation a été interdit.

C’est seulement dix jours plus tard, le 3 février, que le corps de Giulio Regeni est retrouvé dans un fossé, le long d’une route dans la banlieue du Caire. Des blessures et des brûlures de cigarette autour des yeux et sur la plante des pieds laissent penser que le jeune Italien a subi des actes de torture avant d’être tué.

Quelles explications la justice égyptienne a-t-elle donné ?

Depuis le début de l’affaire, la justice égyptienne a livré plusieurs versions des faits, mais aucune n’a convaincu les autorités italiennes.

C’est l’hypothèse d’un tragique accident de la route qui est d'abord avancée, avant que la possibilité d'un crime à caractère sexuel soit évoquée. La police égyptienne annonce finalement avoir trouvé et tué, au cours d’une fusillade le 24 mars, quatre membres d’un gang qui serait à l’origine de la mort du jeune homme. Ces derniers se seraient déguisés en policiers pour enlever des étrangers afin de les voler. Des faux papiers des forces de l'ordre ainsi que des effets personnels appartenant à Giulio Regeni auraient même été retrouvés chez la tante d’un des membres de l'organisation.

Mais les familles des intéressés ont nié en bloc les accusations qui pèsent sur les quatre hommes.

Comment l'Italie a-t-elle réagi ?

Changements de versions, mobile crédible qui fait défaut et absence de reconstitution des faits : autant d'éléments qui alimentent la polémique entre Rome et Le Caire. 

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi et le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, ont échangé par téléphone début février. Le premier a demandé le rapatriement du corps de Giulio Regeni et par ailleurs souhaité que l'enquête permette de "découvrir les responsables de cet horrible crime et les livrer à la justice". Rome a également réclamé au Caire "une enquête commune avec la participation d'experts italiens".

Devant l’absence de réponse satisfaisante du pouvoir égyptien, c’est le ministre des Affaires étrangères italien, Paolo Gentiloni, qui a demandé à ce que les "vrais coupables" soient identifiés. En outre, l'Italie a récemment rappelé son ambassadeur pour protester contre le piétinement de l'enquête sur la mort de Giulio Regeni, après la visite infructueuse à Rome d'une délégation d'enquêteurs égyptiens.

La société civile italienne aussi s’est fortement mobilisée. La pétition “Justice for Giulio” a dépassé les 108 000 signatures sur le site Change. Sur Twitter, le compte Verità Per Giulio Regeni (la vérité pour Giulio Regeni), qui a dépassé les 3 600 abonnés, a organisé une "tweet mob" le 24 avril. Chaque jour, à 17h30, un tweet concernant l'affaire est posté, "jusqu'à ce que la vérité soit faite", lit-on dans la bio.

Des manifestation ont été organisées dans tout le pays à l'initiative d’Amnesty International et le quotidien La Repubblica. A Milan par exemple, des centaines de personnes se sont rassemblées le 24 avril pour demander "la vérité pour Giulio Regeni".

Où en est l’affaire aujourd'hui ?

Des révélations publiées par l'agence Reuters, le 18 avril, accable le régime égyptien : "Trois membres des services de renseignement égyptiens et trois sources policières ont assuré séparément que Giulio Regeni avait été détenu un certain temps par la police avant de trouver la mort."

Des accusations que réfute Mohamed Ibrahim, responsable de la communication de la Sécurité intérieure égyptienne : "Il n’y a aucun lien entre Regeni et la police, le ministère de l'Intérieur ou la Sécurité intérieure. (…) Le seul contact qu'il a eu avec les autorités c'est quand la police a tamponné son passeport lorsqu'il est arrivé dans le pays." Le ministère de l'Intérieur égyptien a également qu'il porterait plainte contre l'agence Reuters, l'accusant de "répandre de fausses nouvelles et (de) perturber l'ordre public", indique Le Figaro.

De son côté, le gouvernement italien a annoncé un gel des relations économiques avec l’Egypte, à l'exception du contrat qui lie Le Caire à la société nationale italienne des hydrocarbures.

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