Total au Mozambique : une attaque attribuée aux islamistes tue huit ouvriers

Le groupe pétrolier développe un énorme projet gazier estimé à 23 milliards de dollars dans le nord du Mozambique. Une région déshéritée en butte à une "insurrection sans visage".

Mozambique, province de Cabo Delgado, une région déshéritée bousculée par d\'énormes projets d\'investissements gaziers.
Mozambique, province de Cabo Delgado, une région déshéritée bousculée par d'énormes projets d'investissements gaziers. (GUIZIOU Franck / hemis.fr / Hemis via AFP)

Des insurgés, présumés islamistes, ont tué huit ouvriers d'une entreprise locale travaillant pour le groupe français Total sur un projet gazier de plusieurs milliards de dollars dans le nord du Mozambique, a annoncé le 5 juillet 2020 leur employeur.

"Le samedi 27 juin, un véhicule appartenant à Fenix Construction (...) a été attaqué par cinq rebelles, à environ 4 km au nord de Mocimboa da Praia dans (la province de) Cabo Delgado", a annoncé le 5 juillet 2020 un communiqué de Fenix Constructions Service Lda, une entreprise sud-africaine, sous-traitante du géant pétrolier français Total.

Les cinq agresseurs portaient des uniformes similaires à ceux de l'armée mozambicaine. Trois des quatorze occupants du véhicule attaqué ont survécu et trois autres sont portés disparus. Le même jour, un groupe armé a attaqué et occupé temporairement la petite ville de Mocimboa da Praia, pour la deuxième fois cette année, provoquant un exode massif de ses habitants.

Le nord du Mozambique est le théâtre, depuis 2017, d'une insurrection jihadiste qui a fait un millier de morts et entravé l'exploitation de ses réserves de gaz offshore. Les attaques d'ouvriers travaillant sur les projets de développement de gaz naturel liquéfié avaient pourtant été rares jusqu'à présent.

Insurrection islamiste ?

Le groupe d'insurgés, connu sous le nom d'Ahlu Sunna Wal-Jama, qui a fait allégeance au groupe Etat islamique, a revendiqué ces derniers mois plusieurs attaques contre les projets gaziers dans la province de Cabo Delgado. Plusieurs hypothèses sont avancées pour comprendre cette "insurrection sans visage", comme la nomme le journal sud-africain Mail & Guardian : groupe islamiste local ou opération de mercenaires liée à des intérêts privés. Il faut dire que cette insurection est apparue en même temps que se développaient ces faramineux projets d'investissements.

Aux dires de plusieurs témoignages, les assaillants islamistes disposent désormais de véhicules et de matériel militaire, notamment de fusils automatiques, et sont même parfois vêtus d'uniformes de l'armée mozambicaine, ce qui laisse entendre une puissante organisation, qui nécessite des soutiens hors de la province.

"Les récentes découvertes de pétrole et de gaz dans la région ont suscité beaucoup d’espoirs, mais les communautés n’en ont tiré que très peu d’avantages, voire aucun, en particulier dans les zones rurales", expliquait l’universitaire Eric Morier-Genoud en février 2019.

En dépit des troubles dans la région, Total a affirmé qu'il irait de l'avant avec son projet gazier de 23 milliards de dollars. La province de Cabo Delgado, la plus septentrionale du Mozambique, abrite des développements gaziers d'une valeur de quelque 60 milliards de dollars, qui intéressent les multinationales américaines, italiennes et russes.

Les attaques dans cette région ont déjà fait au moins 1 300 morts et plus de 210 000 déplacés. Les insurgés les ont multipliées ces derniers mois, ciblant les villes et les militaires, suscitant une inquiétude croissante, y compris de la part des voisins régionaux du Mozambique.