Le cinéma algérien sous le choc : un producteur tente de s’immoler par le feu dans les locaux d’une télévision

Il s’appelle Youcef Goucem et le 8 janvier dernier, en signe de protestation, il a tenté de mettre fin à ses jours dans les locaux de la chaîne de télévision privée Dzair TV, en s’aspergeant d’essence. Le producteur est en conflit avec le média à qui il réclame des arriérés de salaire sur plusieurs mois. 

Photo du compte Facebook de Youcef Goucem
Photo du compte Facebook de Youcef Goucem (DR Youcef Goucem)

C’est un geste de désespoir et un électrochoc qui secoue tout le milieu de l'audiovisuel. Youcef Goucem est toujours en soins dans le service des brûlés de l’hôpital de Douera. Son geste témoigne de la précarité de la profession. Par deux fois en deux jours, Youcef Goucem s’est rendu dans les locaux de Dzair TV, s’enquérir du paiement de ses prestations. Un retard de plusieurs mois selon ses proches.

Selon Abrous Outoudert, le directeur de la chaîne qui l’a reçu, les deux hommes étaient parvenus à un accord. Pourtant, malgré cela, le lendemain, Youcef Goucem revenait dans les locaux et tentait de s’immoler par le feu. Toujours selon Abrous Outoudert, cité par El Watan, Dzair TV respectait ses engagements, mais le réalisateur voulait revoir à la hausse ses émoluments. Depuis 2013, Youcef Goucem a réalisé plusieurs produits pour la chaîne du patron des patrons algériens, Ali Haddad, président du Forum des chefs d’entreprises (FCE).

Tout le monde ne partage pas l’idée que la chaîne n’a rien à se reprocher. Selon El Watan, le groupe dirigé par Ali Haddad accuse des retards de plusieurs mois dans le paiement des salaires de l’ensemble des travailleurs, journalistes, techniciens et autres personnels.

Aujourd’hui, au-delà de la solidarité et de la compassion à l'égard de Youcef Goucem, c’est toute une profession qui témoigne de la précarité qui frappe le cinéma et la télévision algérienne. Une lettre ouverte a été signée par plus de 80 personnalités : réalisateurs/trices, acteurs/trices…

Electrochoc

Leur constat est sans appel. "Qui ne s’est pas raclé les genoux à courir derrière une tranche de financement, dont la suivante a déjà été dépensée ?", interrogent-ils. Et de poursuivre : "Il est des sursauts déterminés et des volontés à tout rompre, pour faire face aux dépassements ordinaires, aux abus consentis, à la cooptation admise, aux manquements à la parole et aux petites et grandes injustices…"  Manquements, injustices, abus, les mots sont lourds de sens.

De son côté, le réalisateur Malek Bensmail demande une réaction d’ampleur. "L’acte de Youcef est un geste qui doit se transformer en un électrochoc et remettre à plat toute la politique culturelle et audiovisuelle de notre pays et de son fonctionnement."