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Où en est la Côte d'Ivoire une semaine après la réélection d'Alassane Ouattara ?

Le bras de fer se durcit entre le pouvoir et l'opposition. Les adversaires du président sortant rejettent en bloc le scrutin du 31 octobre. 

Article rédigé par Eléonore Abou Ez
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Une responsable de la commission électorale lors du décompte des votes dans un bureau, à Abidjan le 31 octobre 2020 (ISSOUF SANOGO / AFP)

Le président sortant Alassane Ouattara, 78 ans, a été réélu dès le premier tour avec le score écrasant de plus de 94% des voix et un taux de participation frôlant les 54%, selon la Commission électorale independante (CEI). L’opposition refuse d’accepter les résultats d’un scrutin qu'elle juge anticonstitutionnel. La tension monte sur fond d’appels à la désobéissance.

Pourquoi l’élection est contestée ?

Après deux mandats de cinq ans à la tête de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara s’était engagé à céder sa place. Mais le président sortant, change d’avis après le décès de son dauphin désigné. Il décide de se présenter à l'élection, alors que la constitution ivoirienne fixe la limite à deux mandats. Le Conseil constitutionnel lui donne le feu vert en se basant sur la Loi fondamentale de 2016 qui a remis le compteur à zéro. Une pratique très répandue en Afrique. L’opposition conteste, appelle au boycott du scrutin et à la désobéissance civile. L’élection se déroule envers et contre tout, le 31 octobre 2020.

Que devient l’opposition ?

Depuis l’annonce des résultats, les chefs de l’opposition sont en résidence surveillée. Le gouvernement les accuse de "complot contre l’Etat" pour avoir annoncé  la création d’un "Conseil national de transition", une instance censée préparer un nouveau scrutin. Les principaux adversaires d’Allasane Ouattara sont l’ancien président Henri Konan Bédié, 86 ans et l’ex-Premier ministre (sous Gbagbo) Pascal Affi N’Guessan, 67 ans. Tous les deux étaient candidats à la présidentielle. Il y a aussi, en exil forcé, l’ancien chef de l’Etat Laurent Gbagbo, et l’ex-Premier ministre Guillaume Soro. Malgré leurs divergences, tous les opposants ivoiriens rejettent d’une même voix cette élection. 

Quelles sont les réactions internationales ?

La Cédéao (Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest), l'Union africaine et l’ONU ne se prononcent pas sur le scrutin et préfèrent lancer des appels au calme,  au dialogue et au "respect de l’ordre constitutionnel". L'Union européenne se dit très préoccupée par les tensions et les incitations à la haine. La France partage cette inquiétude, souligne "l’urgence d’une reprise du dialogue politique" en Côte d’Ivoire et insiste sur "le cadre constitutionnel". 

Du côté des observateurs, la mission de l’Union africaine estime que l’élection s’est déroulée d’une manière "globalement satisfaisante", alors que le Centre Carter précise que "le contexte politique et sécuritaire n’a pas permis d’organiser une élection compétitive et crédible"

Pourquoi craint-on l’escalade ?

L’élection s’est déroulée dans un climat de crispations intenses et les affrontements ont déjà fait plus de 40 morts. Ces tensions alimentent la crainte d’une escalade des violences. La Côte d’Ivoire est fortement marquée par la crise postélectorale de 2010 qui avait dégénéré en conflit meurtrier faisant plus de trois mille morts.

Dix ans après, les divisions et le blocage sont de nouveau là. Mais il y a aussi et surtout le ras le bol des Ivoiriens qui n'en peuvent plus des violences et qui attendent une vraie réunification nationale qui tarde à s'installer. "Les Ivoiriens n'ont pas de problèmes entre eux (…) ce sont les politiciens qui les divisent les instrumentalisent", comme le souligne dans un article de France info le sociologue ivoirien Hilaire Mazou.

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