Centrafrique : pourquoi la France renforce son contingent

Le gouvernement a annoncé l'envoi de 400 soldats supplémentaires en République centrafricaine pour épauler les 1 600 hommes de l'opération Sangaris. 

Un soldat français patrouille à Bangui (Centrafrique), le 9 février 2014.
Un soldat français patrouille à Bangui (Centrafrique), le 9 février 2014. (ISSOUF SANOGO / AFP)

La France a décidé d'accroître son contingent en Centrafrique. Paris va envoyer 400 hommes supplémentaires, a indiqué l'Elysée, vendredi 14 février, à l'issue d'un conseil restreint de défense autour de François Hollande. Les forces de l'opération Sangaris passeront donc "temporairement" de 1 600 à 2 000 hommes.

Début janvier, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian avait pourtant assuré qu'il n'y avait, "dans l'état actuel des choses", "pas de raisons particulières" d'envoyer des renforts. Et son collègue des Affaires étrangères, ainsi que Laurent Fabius, avait même juré qu'il "n'y aurait pas d'engrenage", affirmant : "En RCA, nous tiendrons nos engagements, comme nous l'avons fait au Mali". Pourquoi ce revirement ? Explications.

Parce que la crise centrafricaine s'aggrave

A Bangui, les règlements de comptes sont quotidiens. Et des exactions massives ont lieu dans les autres régions du pays. Le territoire centrafricain est écumé par des groupes armés et des pillards qui multiplient les exactions. La haine confessionnelle déchire le pays. L'Etat ne contrôle plus rien. La menace d'une partition plane

Après avoir mis le pays en coupe réglée pendant dix mois, les ex-rebelles musulmans de la Séléka, livrés à eux-mêmes depuis le départ de certains chefs et la démission de Michel Djotodia, sillonnent le pays et terrorisent les chrétiens, répandant un peu plus la haine. En représailles, la nébuleuse de milices d'autodéfense à majorité chrétienne "anti-balaka" sèment le chaos. Amnesty International affirme que le pays est en proie au "nettoyage ethnique"

Un membre des forces armées centrafricaines (FACA) range son arme après le lynchage d\'un homme soupçonné d\'entre un ancien rebelle de la Seleka, le 5 février 2014 à Bangui (Centrafrique).
Un membre des forces armées centrafricaines (FACA) range son arme après le lynchage d'un homme soupçonné d'entre un ancien rebelle de la Seleka, le 5 février 2014 à Bangui (Centrafrique). (ISSOUF SANOGO / AFP)

Près d'un million de déplacés et de réfugiés ont été jetés sur les routes, sur une population de 4,6 millions d'habitants. Le haut commissaire aux réfugiés, Antonio Guterres, parle d'une catastrophe humanitaire "indescriptible".

Deux mois après son déclenchement, le 5 décembre, l'opération militaire française ne parvient pas à mettre fin aux violences. Le drame se poursuit, malgré la présence de quelque 7 000 soldats étrangers (1 600 Français et 5 400 militaires de la Misca, la force de l'Union africaine), mandatés début décembre par l'ONU pour restaurer l'ordre et la sécurité, et en dépit aussi des millions d'euros promis par les pays donateurs pour sortir la Centrafrique du gouffre.

Parce que les pays européens n'envoient pas de renforts

Communauté internationale, gouvernement de transition centrafricain, ONG... Face au chaos, tous les protagonistes s'accordent sur un point : il faut plus de militaires et de policiers sur le terrain pour rétablir l'ordre et la sécurité, avant de reconstruire un semblant d'Etat et d'administration.

"Il y a un manque cruel de troupes. Dès le départ, nous avons dit, l'ONU a dit, qu'il fallait au moins 9 000 à 10 000 hommes", rappelle Geneviève Garrigos, la présidente d'Amnesty France. Problème : "tout le monde veut se passer la patate chaude de la Centrafrique", résume abruptement Thierry Vircoulon, spécialiste de l'Afrique centrale à l'International Crisis Group (ICG).

Ses soldats rwandais de la Misca montent la garde dans le 5e arrondissement de Bangui (Centrafrique), le 9 février 2014.
Ses soldats rwandais de la Misca montent la garde dans le 5e arrondissement de Bangui (Centrafrique), le 9 février 2014. (ISSOUF SANOGO / AFP)

En début de semaine, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a demandé à Paris d'"envisager de déployer davantage de troupes en Centrafrique". François Hollande a d'abord renvoyé l'ONU à ses responsabilités, jeudi, pressant les Nations unies "d'accélérer" l'envoi de Casques bleus, envisagé dans une résolution votée en décembre. Puis Paris a cédé, vendredi. 

Pas question pour autant de rester seul en première ligne. "C'est un renforcement modeste, ça doit être complété par un soutien plus important des Européens", a expliqué le Premier ministre, dans l'après-midi. "Il y a un appel pour que les Nations unies prennent le relais très vite (...) Les Nations unies doivent le décider, nous souhaitons que la décision soit prise le plus rapidement possible", a martelé Jean-Marc Ayrault.

Les renforts européens pourraient commencer à arriver début mars. Mais d'ores et déjà, les grands pays européens, Royaume-Uni et Allemagne en tête, ont fait savoir qu'ils n'enverraient pas de soldats. L'unité européenne Eufor-RCA devrait donc être constituée en grande partie de militaires français et de pays comme l'Estonie ou la Géorgie (qui ne fait pas partie de l'Union européenne). Jusqu'à présent, le chiffre le plus couramment cité était de 500 hommes. Désormais, l'UE "envisageait le double de ce chiffre", a lâché dans la soirée la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton.