Centrafrique : réactions indignées après le lynchage d'un rebelle présumé

Un homme a été battu à mort, hier, à Bangui, à l'issue d'une cérémonie officielle. L'ONU réclame des "sanctions exemplaires". 

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Des soldats centrafricains lynchent un homme accusé d'être un ancien rebelle de la Séléka, le 5 février 2014. (ISSOUF SANOGO / AFP)

La scène s'est produite, mercredi 5 février, en Centrafrique. Un lynchage en public, à l'issue d'une cérémonie officielle à laquelle la présidente centrafricaine, Catherine Samba Panza, avait assisté. Depuis, les réactions outrées de la communauté internationale se multiplient. Retour sur les faits.

Un lynchage à mort devant témoins

C'est à l'issue d'une cérémonie officielle au sein de l'Ecole nationale de la magistrature, située à Bangui, que "tout a dégénéré", écrit une journaliste de l'AFP, sur le blog Making-of. Elle raconte, photos à l'appui, l'horreur de la scène à laquelle elle, son photographe et de nombreux autres journalistes ont assisté : le lynchage d'un jeune homme par des soldats centrafricains.

Tout part d'une accusation. L'homme serait un ancien rebelle de la Séléka, selon une femme présente dans la foule. Un attroupement se forme, la victime est torturée. "Les soldats [ont piétiné] un homme à terre, allant chercher des pierres et des briques pour le frapper, lui portant des coups de couteau avant de le traîner nu jusqu'à la route", décrit la journaliste.

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Le lynchage s'est produit le 5 février 2014 devant de nombreux témoins.  (ISSOUF SANOGO / AFP)

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Un homme en civil saute à pieds joints sur un homme accusé d'être un ancien rebelle, le 5 février 2014 à Bangui (Centrafrique).  (ISSOUF SANOGO / AFP)

 

L'acharnement est tel que l'homme meurt. "Et pourtant, pendant encore plus de dix minutes, les soldats mais aussi des badauds qui les ont rejoints s’acharnent sur son cadavre, lui sautant dessus à pieds joints", poursuit-elle. Surtout, personne n'intervient : "La scène se déroule sous les yeux des dizaines de témoins (...) Aucun des militaires présents ne tente de s’interposer. Ni les Centrafricains, qui étaient pourtant plusieurs milliers, ni les Africains de la Misca encore sur place."

L'ONU réclame des "sanctions exemplaires"

Au lendemain de ce lynchage public, le représentant spécial de l'ONU en Centrafrique, a haussé le ton et réclamé des "sanctions exemplaires" contre les bourreaux de la victime. "Les incidents qui ont eu lieu hier (...) sont des incidents révélateurs et inadmissibles" qui "doivent faire l'objet d'enquêtes", a martelé le général Babacar Gaye, lors d'une conférence de presse.

Il a souligné "la nécessité d'un sursaut pour éviter la violence aveugle, la violence inutile à laquelle nous assistons aujourd'hui". Interrogé sur l'inaction de la force africaine Misca, présente sur les lieux au moment du lynchage, le général a affirmé que si "le chapitre 7 autorise à aller jusqu'à un maximum de choses, ça ne signifie pas que face à chaque situation, il faille en arriver immédiatement à la confrontation par les armes. La force létale doit être utilisée avec retenue". Il a cependant condamné l'impunité ambiante en Centrafrique permettant "qu'on puisse en plein jour attenter à la vie d'un homme, profaner son corps".

Paris réagit à son tour

Dans le sillage de l'ONU, la France a elle aussi réagi au lynchage survenu mercredi, condamnant  des "actes odieux". "Ces exactions appellent des sanctions exemplaires", a déclaré le porte-parole du Quai d'Orsay, Romain Nadal.

Paris "soutient la décision de la présidente Catherine Samba Panza d'ordonner une enquête, afin que les auteurs des violences soient identifiés et répondent de leurs actes devant la justice", a-t-il dit. Par ailleurs, il a souligné que le mandat de la Misca, dont des forces étaient présentes au moment des faits, "vise au premier chef à protéger les civils et à mettre fin aux violences".