Assassinat de Thomas Sankara : l'ex-président Blaise Compaoré condamné à la perpétuité

Thomas Sankara, icône panafricaine qui voulait "décoloniser les mentalités", a été assassiné en 1987. 

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Blaise Compaoré à Ouagadougou, le 26 juillet 2014.  (SIA KAMBOU / AFP)

L'ancien président du Burkina Faso Blaise Compaoré a été condamné mercredi 6 avril par contumace à la prison à perpétuité pour sa participation à l'assassinat de son prédécesseur Thomas Sankara, tué avec douze de ses compagnons lors d'un coup d'Etat en 1987. Le tribunal militaire de Ouagadougou a également condamné à la perpétuité le commandant de sa garde Hyacinthe Kafando et le général Gilbert Diendéré, un des chefs de l'armée lors du putsch de 1987. Les trois hommes sont condamnés pour "attentat à la sûreté de l'Etat". Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré sont également reconnus coupables de "complicité d'assassinat" et Hyacinthe Kafando, soupçonné d'avoir mené le commando qui a tué Thomas Sankara, d'"assassinat". Les juges sont allés au-delà des réquisitions du parquet militaire qui avait demandé 30 ans de prison contre Compaoré et Kafando et 20 ans contre Gilbert Diendéré. 

Icône panafricaine

Il voulait "décoloniser les mentalités" dans son pays et en Afrique où il est devenu une icône, mais Thomas Sankara, jeune président du Burkina Faso, n'a pu réaliser son rêve : en 1987, il est assassiné, quatre ans après le coup d'Etat qui l'avait porté au pouvoir. Né le 21 décembre 1949 à Yako (nord), Thomas Sankara, élevé dans une famille chrétienne et dont le père était un ancien combattant, a douze ans au moment de la décolonisation. Après l'obtention de son baccalauréat à Ouagadougou, il suit une formation militaire à l'étranger, notamment à Madagascar où il assiste en 1972 à l'insurrection qui renverse le président Philibert Tsiranana, considéré comme inféodé à la France, ex-puissance coloniale.

Coups d'Etat

Après un coup d'Etat en novembre 1980, le nouveau chef de l'Etat, le colonel Saye Zerbo, lui confie le poste de secrétaire d'Etat à l'Information. Mais ses idées progressistes lui font claquer la porte du gouvernement un an et demi plus tard. Il revient à la faveur d'un autre putsch et est nommé Premier ministre, en janvier 1983. Une sourde lutte pour le pouvoir s'engage alors entre militaires. D'abord arrêté en mai 1983, il ressurgit en août, cette fois pour de bon, à la suite d'un nouveau coup d'Etat mené par son ami intime, le capitaine Blaise Compaoré. Agé de 33 ans, Sankara symbolise l'Afrique de la jeunesse et de l'intégrité. Il rebaptise d'ailleurs son pays le Burkina Faso en "pays des hommes intègres".

"Che Guevara d'Afrique"

Ses relations avec l'ex-puissance coloniale française et plusieurs pays voisins, dont la Côte d'Ivoire de Félix Houphouët Boigny et le Togo de Gnassingbé Eyadéma, sont tendues. Ses prises de position, ses liens avec la Libye de Mouammar Kadhafi et le Ghana de Jerry Rawlings, inquiètent. Au président français François Mitterrand, qui avait accueilli officiellement à Paris le rebelle angolais Jonas Savimbi et le président du régime d'apartheid sud-africain Pieter Botha, il donne une leçon de droits de l'Homme, lors d'une visite à Ouagadougou en 1986. "Il va plus loin qu'il ne faut à mon avis", rétorque Mitterrand. Sankara appelle l'Afrique à ne pas payer sa dette aux pays occidentaux, dénonce devant l'ONU les guerres "impérialistes", l'apartheid, la pauvreté, défend le droit des Palestiniens à l'autodétermination.

La parenthèse sankariste sera de courte durée : le 15 octobre 1987, alors qu'il se rend à un conseil des ministres extraordinaire, il est assassiné lors d'un putsch qui laisse Blaise Compaoré seul au pouvoir. Il n'avait que 37 ans.

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