Assassinat du président Thomas Sankara : 1ère reconstitution grandeur nature à Ouagadougou

Survivants, familles des victimes, inculpés : tous les protagonistes du dossier ont été conviés par le juge d'instruction sur les lieux du crime.

Une statue de bronze du capitaine Thomas Sankara a été inaugurée le 2 mars 2019 à Ouagadougou dans l\'enceinte du Conseil de l\'Entente où il a été assassiné le 15 octobre 1987.
Une statue de bronze du capitaine Thomas Sankara a été inaugurée le 2 mars 2019 à Ouagadougou dans l'enceinte du Conseil de l'Entente où il a été assassiné le 15 octobre 1987. (ISSOUF SANOGO / AFP)

Un véhicule fonce sur le bâtiment du Conseil de l’Entente où se trouve Thomas Sankara et ses compagnons. Un commando surgit, des coups de feu retentissent. Des hommes sortent de la bâtisse et s’écroulent. Parmi eux, le jeune président de 37 ans, criblé de balles et douze de ses compagnons. Tout a été reconstitué. Tout ce qui s’est passé en cette journée fatidique du 15 octobre 1987, telle que décrite par les protagonistes.

C’était une grande émotion

Les inculpés, témoins et membres des familles des victimes ont assisté à la reconstitution qui visait à corroborer ou confronter les différentes versions, rapporte l’AFP.

"Les survivants ont joué leur rôle de l’époque. Ceux qui sont absents ou décédés se sont vus remplacer par des personnages pour jouer leur rôle, tel que décrit par les témoins oculaires des événements. C'était une grande émotion", explique Prosper Farama, avocat de la famille Sankara à la presse.

Les corps des 13 victimes tombées sous les balles du commando avaient été inhumés à la va-vite, dans un quartier populaire à l’est de Ouagadougou. Le certificat de décès délivré à la veuve de Thomas Sankara mentionnait qu’il avait succombé à "une mort naturelle". L’autopsie pratiquée par la suite en 2019 devait montrer qu’il avait été fauché par une rafale de kalachnikov.

C’est une journée décisive pour la justice militaire du Burkina, qui mène l’enquête dans un dossier resté tabou pendant les 27 ans de pouvoir de Blaise Compaoré, l’ancien compagnon d’armes du défunt président qui a pris les rênes du pays après le putsch. Soupçonné d’avoir participé au complot par de nombreux burkinabè, il a été renversé lors d’un soulèvement populaire le 31 octobre 2014. Depuis décembre 2015, il est inculpé d’assassinat, d’attentat et de recel de cadavre et visé par un mandat d’arrêt international.

Une avancée majeure dans la recherche de la vérité

Pour Maître Stanislas Bénéwendé Sankara, un des avocats de la famille Sankara, il s’agit d’une avancée majeure dans l’éclatement de la vérité sur l’assassinat de Thomas Sankara. Même s'il est encore difficile de faire un pronostic sur la fin de la procédure.

Cette évolution amène à tendre vers la fin de l'instruction. C'est une sérieuse avancée. On évolue favorablement vers le procèsStanislas B. Sankara, avocat de la famille Sankaraà la Radio Omega de Ouagadougou

Thomas Sankara était arrivé au pouvoir par un coup d’Etat, en 1983. Le jeune capitaine, parfois qualifié de "Che africain", faisait face à une contestation montante dans le pays en raison de ses choix sans concession, alors que sa dénonciation de l’impérialisme lui valait de solides inimitiés à l’extérieur. Il est devenu aujourd'hui une figure panafricaine.