Burkina Faso : le procès des assassins de Thomas Sankara s'ouvre à Ouagadougou, 34 ans après la mort du "Che Guevara africain"

Quatorze accusés vont comparaître lundi 11 octobre 2021 devant un tribunal militaire de Ouagadougou en l’absence du principal accusé, l'ex-président Blaise Compaoré.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Le président burkinabè Thomas Sankara accueille François Mitterrand à l'aéroport de Ouagadougou lors d'une visite officielle du président français, le 17 novembre 1986.  (DANIEL JANIN / AFP)

Va-t-on enfin connaître le nom des commanditaires des assassins de Thomas Sankara, "père de la révolution" Burkinabè et figure révolutionnaire emblématique du continent africain ? Les circonstances de sa mort, 34 ans après qu'il fut tombé sous les balles d’un commando dans l’enceinte du palais présidentiel, n’ont toujours pas été éclaircies. "Nous allons enfin connaître, preuve à l’appui, les commanditaires et les acteurs de son assassinat", affirme l’historien Burkinabè Bila Kaboré à la veille de l’ouverture du procès lundi 11 octobre 2021 devant le tribunal militaire de Ouagadougou.

Blaise compaoré, principal accusé

Principal accusé, l'ex-président burkinabè Blaise Compaoré a été porté au pouvoir par le coup d'Etat de 1987 au cours duquel Thomas Sankara a été tué. Compaoré restera 27 ans au pouvoir avant d'être renversé à son tour en 2014 par une insurrection populaire.
Agé de 70 ans, il vit depuis en Côte d'Ivoire, pays dont il a obtenu la nationalité et où il entretient de longue date une relation privilégiée avec le président Alassane Ouattara, rendant illusoire une éventuelle extradition après un mandat d'arrêt émis par la justice du Burkina Faso en 2016. L'ancien président sera donc jugé par contumace pour "complicité d'assassinats", "recel de cadavres" et "attentat à la sûreté de l'Etat".

Bras droit de Thomas Sankara durant sa prise de pouvoir en août 1983, Blaise Compaoré a toujours nié avoir commandité l'assassinat de son "ami intime", bien que le putsch de 1987 l'ait porté au pouvoir.
Des soldats de l'ancienne garde présidentielle de Compaoré, notamment l'ancien adjudant-chef Hyacinthe Kafando, accusé d'avoir été le chef du commando et actuellement en fuite, figurent également parmi les prévenus.

Sankara : mobiliser le peuple pour moderniser le pays

Agé de 33 ans, Sankara, père de la révolution burkinabè, symbolise l'Afrique de la jeunesse et de l'intégrité. Celui qu'on a appelé le "Che Guevara africain" a d'ailleurs rebaptisé son pays Burkina Faso, le "pays des hommes intègres".

D'allure sportive et élancée, souriant et charmeur, le jeune dirigeant était toujours vêtu d'un treillis, portant à la ceinture un pistolet à crosse de nacre offert par le dirigeant nord-coréen Kim Il-sung. Charismatique, il voulait mobiliser la population pour moderniser le pays avec un slogan simple "la patrie ou la mort ".

Ses priorités de l’époque : amélioration de la situation sanitaire, désenclavement des campagnes, éducation, promotion de la femme, politique en faveur des paysans. Accès populaire à la culture et notamment au cinéma (Fespaco).

Vivant modestement avec sa femme et ses deux fils dans un palais présidentiel délabré, il n'avait pour tout bien que sa guitare et une Renault 5 d'occasion, qu'il imposera comme voiture de fonction à tous les membres de son gouvernement habitués aux luxueuses berlines.

Sankara appellera l'Afrique à ne pas payer sa dette aux pays occidentaux, dénoncera devant l'ONU les guerres "impérialistes", l'apartheid, la pauvreté et défendra le droit des Palestiniens à l'autodétermination.

Les raisons d'une trahison

Pourquoi Blaise Compaoré va-t-il trahir son ami Sankara ? C'est une grande question qui n'est toujours pas éclaircie. Est-ce sous la pression du président ivoirien, Houphouët Boigny, inquiet des déclarations et des actes du jeune leader ou du président français de l'époque François Mitterrand, très irrité par les discours anticolonialiste du capitaine ?

Durant ses 27 ans au pouvoir, Blaise Compaoré n’a rien fait pour juger les assassins du père de la révolution Burkinabè. Il faudra attendre sa chute en 2015 pour que le dossier resurgisse et qu'un mandat d'arrêt soit émis contre lui par la justice burkinabè en mars 2016. 
La veuve de Thomas Sankara, Mariam, qui vit depuis 1990 dans le sud de la France, devrait assister à l'ouverture du procès à Ouagadougou. Procès qui pourra peut-être apporter quelques réponses.

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