Otages libérés au Sahel : fouler le sol français et retrouver sa famille, "des moments d'une rare intensité", se souvient Nicolas Hénin

Nicolas Hénin, ancien journaliste, a été otage du groupe État islamique en Syrie en 2013. Invité de franceinfo samedi, il se souvient de sa libération, et de son retour en France.

Otages du groupe État islamique en Syrie entre 2013 et 2014, Nicolas Hénin, Didier François, Pierre Torrès et Edouard Elias ont été libérés le 18 avril 2014, après dix mois de captivité. Ci-contre, Nicolas Hénin (premier plan) et Didier François (second plan) à leur descente d\'avion à l\'aéroport de Villacoublay, près de Paris, le 20 avril 2014. 
Otages du groupe État islamique en Syrie entre 2013 et 2014, Nicolas Hénin, Didier François, Pierre Torrès et Edouard Elias ont été libérés le 18 avril 2014, après dix mois de captivité. Ci-contre, Nicolas Hénin (premier plan) et Didier François (second plan) à leur descente d'avion à l'aéroport de Villacoublay, près de Paris, le 20 avril 2014.  (THOMAS PADILLA / MAXPPP)

"On ressent un immense soulagement, une immense joie", a réagi Nicolas Hénin samedi 11 mai sur franceinfo, alors que les deux ex-otages français libérés au Burkina Faso après dix jours de captivité sont attendus à l'aéroport parisien de Villacoublay à 18 heures. Ils seront accueillis par Emmanuel Macron. 

L'ancien journaliste, qui a été otage du groupe État islamique en Syrie pendant près d'un an en 2013, se souvient de son retour en France après sa libération. "Les moments où j'ai foulé pour la première fois le sol de France, et puis surtout où j'ai retrouvé ma famille, ce sont des moments d'une rare intensité", raconte-t-il.

Une longue prise en charge

Celui qui a arrêté le journalisme pour devenir conseil en contre-terrorisme se souvient de la prise en charge à son retour. "On a été en contact avec un médecin immédiatement après la libération, mais on a ensuite une visite médicale un peu plus poussée. Une procédure de renseignements et judiciaire est entamée. Les anciens otages sont invités à un débriefing par le service de la DGSE, et à une audition par un cadre judiciaire de la DGSI. Il y a aussi un dépôt de plainte".

Selon lui, la durée de captivité "ne présume en rien de la violence du traumatisme de ce qu'ils ont vécu". "On vit tous des moments traumatisants dans une vie, mais évidemment qu'une prise d'otage à caractère terroriste est un événement exceptionnel qui est assez difficile à imaginer quand on ne l'a pas vécu", ajoute-t-il.

Certains otages vont considérer qu'ils n'ont pas besoin de se reconstruire parce qu'ils n'ont pas été affectés, certains ne s'en remettront jamais, d'autres vont rester extrêmement marqué toute leur vieNicolas Héninà franceinfo

Pendant le sauvetage des otages, dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 mai, deux militaires français sont morts. "Pour les otages qui ont été libérés, c'est une problématique particulière, estime Nicolas Hénin. Ils sont dans l'euphorie, leurs familles aussi. Mais à côté, il y a deux familles qui sont dans le deuil, qui peuvent être immensément fières du sacrifice de leurs fils qui ont accompli leur devoir jusqu'au bout pour aller les sauver."

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"Mais évidemment que cette espèce de dissonance, entre les réjouissances d'un côté et le deuil de l'autre, sera une difficulté pour vivre cette libération", estime Nicolas Hénin. Pour lui, ce n'est pas le moment pour les polémiques. "Il ne faut rien faire qui pourrait atteindre à la dignité du moment. Nous sommes à la fois contents de retrouver deux compatriotes qui ont été attaqués parce qu'ils étaient français, et puis nous vivons le deuil de deux héros aujourd'hui", estime l'ancien journaliste.