Législatives en Algérie : le régime veut enterrer le Hirak

La campagne pour les élections législatives du 12 juin, scrutin censé apporter une nouvelle légitimité au régime mais boycotté par une partie de l'opposition, peine à mobiliser la population. 

Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié
Temps de lecture : 3 min.
Des affiches des candidats aux législatives à Alger, le 29 mai 2021. (MOUSAAB ROUIBI / ANADOLU AGENCY)

Ces élections, qui auraient dû avoir lieu en 2022 mais qui ont été avancées, apparaissent comme une tentative du pouvoir de reprendre la main face au retour du Hirak dans la rue depuis fin février.  

Campagne terne

"Même si  les candidats choisissent les petites salles et respectent la distanciation sociale (uniquement ici, NDLR), les sièges sont presque vides. Certains annulent carrément  le meeting et n’exploitent pas la salle réservée (...)", constate le correspondant de Liberté à Bordj Bou-Arréridj, à 200 km au sud-est d'Alger. Même constat pour El Watan : "A El Tarf, et en dehors des panneaux d’affichage à moitié vides et sur lesquels aucune affiche ne survit au-delà de 24 heures, même si on a jugé plus sûr de les installer à proximité d’un commissariat, rien ne semble indiquer qu’il y a un événement qui se prépare." La campagne pour les élections législatives du 12 juin en Algérie, un scrutin censé apporter une nouvelle légitimité au régime mais boycotté par une partie de l'opposition, peine à mobiliser la population, dans un climat de répression du mouvement contestataire du Hirak.

Enterrer le Hirak

A Alger, la plus importante circonscription du pays avec 34 sièges de députés à pourvoir (sur 407), la majorité des panneaux électoraux sont à moitié vides, près de deux semaines après le début de cette campagne. Les quelques affiches collées sont vite déchirées et deviennent illisibles. Malgré deux échecs cinglants, la présidentielle de 2019 et le référendum constitutionnel de 2020, marqués par une abstention record, le régime est déterminé à appliquer sa "feuille de route" électoraliste, sans tenir compte des revendications de la rue (Etat de droit, transition démocratique, justice indépendante, etc). Pour le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le Hirak a perdu sa légitimité. "Aujourd'hui, dans ce qui reste du Hirak, on trouve de tout, il y en a qui crient 'Etat islamique !' et d'autres qui scandent 'Pas d'islam !'" Les manifestants expriment peut-être une colère, mais ce n'est pas le Hirak originel. C'est très hétéroclite", dit-il à l'hebdomadaire Le Point (lien payant). 

Qui sont les candidats indépendants 

Ce scrutin met en lice près de 1 500 listes, dont plus de la moitié s'affichent comme "indépendantes". Il verra la participation, pour la première fois, d'un nombre très élevé de candidats indépendants face aux prétendants présentés par des partis, largement discrédités et jugés responsables de la grave crise politique que traverse l'Algérie. Si certains parient sur une victoire de ces indépendants, à l'affiliation floue, qui pourraient ainsi constituer une nouvelle force politique au sein de la future Assemblée populaire nationale (APN), d'autres, en revanche, minimisent leurs chances. Politologues et éditorialistes relèvent notamment que ces listes indépendantes ont peu de visibilité et se font très discrètes. 

"Pas d'autre issue"

Si le Hirak et l'opposition de gauche, comme le Front des forces socialistes (FFS), ont refusé de cautionner un scrutin à leurs yeux biaisé, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) et d'autres formations islamistes légales ont décidé d'y participer afin de "contribuer à la rupture et au changement souhaités". Le président du MSP, Abderrezak Makri, s'est d'ailleurs dit "prêt à gouverner" en cas de victoire. Mais à huit jours du scrutin, il est clair que les candidats, les indépendants comme les autres, ne parviennent pas à intéresser les Algériens, beaucoup plus préoccupés par la multicrise aiguë, politique, sociale et économique, qui secoue le pays depuis février 2019. La crédibilité de ces élections devrait à nouveau se jouer sur le taux de participation, après les fiascos de 2019 et 2020. Le régime a anticipé une désaffection en privilégiant la légitimité à la crédibilité et se contenterait bien de 40% de participation. 

L'armée plus visible

Le chef d'état-major de l'armée, le général Saïd Chengriha, a mis en garde contre "tout plan ou action visant à perturber le déroulement" du scrutin, selon un communiqué du ministère de la Défense. Et à l'approche de l'échéance électorale, le régime a décidé d'en finir avec le Hirak, un soulèvement populaire anti-système inédit, qu'il accuse d'être instrumentalisé par des "parties étrangères" hostiles à l'Algérie. Il a de facto interdit ses manifestations et multiplie les arrestations et les poursuites judiciaires visant opposants politiques, militants hirakistes, avocats et journalistes. Résultat : plus de 200 personnes sont actuellement incarcérées pour des faits en lien avec le Hirak et/ou les libertés individuelles, selon les organisations de défense des droits de l'Homme.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Algérie

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.