Le dernier survivant du massacre du monastère de Tibhirine est mort au Maroc à l’âge de 97 ans

Le frère Jean-Pierre Schumacher était l'un des deux moines ayant survécu à l'attaque du monastère de Tibhirine, le 26 mars 1996, durant la guerre civile algérienne. 

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Photo des moines trappistes de Tibhirine, enlevés et assassinés en mars 1996 en Algérie. A droite sur la photo, le frère Jean-Pierre Schumacher. (AFP)

Le moine trappiste Jean-Pierre Schumacher, originaire d’une famille ouvrière de Lorraine, dernier survivant du massacre du monastère algérien de Tibhirine en 1996, est décédé dimanche 21 novembre 2021 à Midelt, dans l'Atlas marocain.

Un massacre resté dans les mémoires

C’était l’un des deux survivants de l’attaque du monastère de Tibhirine, le 26 mars 1996, par des hommes armés, durant la guerre civile algérienne. Lui et frère Amédée (mort en 2008) n’avaient pas été enlevés lors de cette tragédie, parce que les ravisseurs cherchaient sept moines au lieu des neuf qu'ils étaient en réalité. Les têtes de leurs sept compagnons assassinés avaient été retrouvées dans un fossé deux mois après l’enlèvement, non loin du monastère.

"Jean-Pierre Schumacher est décédé ce matin dans la sérénité au monastère Notre-Dame de l'Atlas, à Midelt. C'est un homme simple et fraternel qui savait que sa mission était de témoigner de ce qu'il a vécu à Tibhirine"

Père Daniel Nourissat, vicaire de la Cathédrale Saint-Pierre de Rabat

à l'AFP

Plusieurs versions

Les circonstances de ce massacre n'ont jamais vraiment élucidées. La thèse officielle avancée à l'époque par Alger décrivait un enlèvement puis un assassinat, revendiqué par des islamistes du Groupe islamique armé (GIA) qui exigeaient un échange de prisonniers et ne l’avaient pas obtenu, mais des doutes subsistent sur la possible implication des services secrets militaires algériens. Alger ne supportait pas que les moines puissent soigner des rebelles blessés ou des membres de leurs familles. Selon le père Armand Veilleux, ancien procureur général des cisterciens, "la présence des moines de Tibhirine embarrassait singulièrement les chefs militaires et ils désiraient depuis longtemps leur départ..."

D’où l’idée de l’enlèvement qui aurait été confiée à Zitouni, un islamiste devenu agent double de la Sécurité militaire algérienne (SM). "L'intention de ceux qui avaient organisé cet enlèvement était de les faire 'libérer' par l'armée dans les jours suivants", expliquait en janvier 2003 dans le journal Le Monde le père Veilleux, mais l'affaire aurait mal tourné. "Zitouni n’avait pas sur l’ensemble des groupes islamistes armés l’autorité qu’il croyait ou voulait avoir, ou celle que la Sécurité militaire pensait qu’il avait", soulignait l’ancien procureur des cisterciens. Il se serait fait rafler ses otages par un autre chef islamiste, Abou Mosaâb. 

"Un appel de Dieu à témoigner" 

Quatre ans après le drame, Jean-Pierre Schumacher s'installait au Maroc où il est devenu le prieur d'une petite communauté de moines trappistes de l'Ordre cistercien dans l'Atlas marocain. Le pape François l’avait même rencontré lors de son voyage apostolique au Maroc en 2019. Ses sept compagnons martyrs de Tibhirine ont été béatifiés le 8 décembre 2019 lors d’une messe célébrée au sanctuaire de Santa Cruz à Oran.

"Il disait souvent que sa survie était un appel de Dieu à témoigner, chose qu'il a faite toute sa vie", a déclaré à l'AFP le père Daniel Nourissat, vicaire de la Cathédrale Saint-Pierre de Rabat.

Originaire de Lorraine, fils d’une famille catholique ouvrière, devenu moine trappiste, Jean-Pierre Schumacher avait été envoyé à Tibhirine en 1964 par l’évêque d’Alger "pour y construire une petite communauté implantée en plein milieu musulman, vivant pauvre parmi les pauvres". Le moine Jean-Pierre sera inhumé le 23 novembre à Midelt au Maroc, d'après le père Nourissat.

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