Depuis la Turquie, un prédicateur frère musulman égyptien appelle les Algériens à islamiser leur mouvement

Le prédicateur égyptien de renom, Wagdi Ghoneim, Frère musulman proche du Qatar et réfugié en Turquie, a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux en appelant les manifestants en Algérie à réclamer un Etat islamique.

Médecins et professionnels de santé algériens appellent au respect de la Constitution, lors de la manifestation du 19 mars 2019 à Alger contre la prolongation du mandat de Bouteflika.
Médecins et professionnels de santé algériens appellent au respect de la Constitution, lors de la manifestation du 19 mars 2019 à Alger contre la prolongation du mandat de Bouteflika. (BILLAL BENSALEM / NURPHOTO)

En l’absence de toute manifestation islamiste dans le soulèvement de la société algérienne contre le pouvoir du président Bouteflika, un étrange appel est venu de l’extérieur.

"Pourquoi, il n'y a pas d'hommes chez vous ?"

Connu pour ses prêches radicaux, le cheikh Wagdi Ghoneim, Frère musulman réfugié en Turquie, a pris ces derniers jours l’initiative de critiquer le soulèvement en Algérie, a rapporté le 18 mars 2019 le site IndependentArabia.

Dans un enregistrement vidéo, Cheikh Ghoneim, condamné à mort par contumace en avril 2017 en Egypte pour avoir fondé "une organisation interdite", reproche aux manifestants algériens de réclamer "la démocratie, au lieu d’exiger la création d’un Etat islamique et l’application de la charia""Ne donnez pas de pouvoir aux laïcs et ne leur permettez pas de chevaucher votre mouvement" a-t-il lancé à ses "frères héros d' Algérie".

Le prédicateur ne s’est pas contenté de reprocher la laïcité du mouvement, il s’en est pris également à la militante historique du FLN, Djamila Bouhired, devenue une icône des révoltes algériennes en prenant part aux marches de protestation malgré ses 83 ans.

"Une qui fait mine d’être révolutionnaire ou je ne sais quoi, alors qu’il est déjà assez honteux qu’elle ne soit pas voilée" , lance-t-il, évitant soigneusement de dire le mot "femme" ou de prononcer son nom. "Qu’est ce qu’elle va vous apporter celle-là ? C’est elle qui va vous apporter le bien ? Et comment ? Pourquoi, il n’y a pas d’hommes chez vous ou quoi ?", a-t-il encore ironisé.

Tollé des internautes contre les provocations de Cheikh Ghoneim

Une intervention qui lui a aussitôt valu une volée de réactions sur les réseaux sociaux. Certaines le traitant de "chien de l’enfer" qui souhaite la destruction de l’Algérie, d'autres appelant les prédicateurs, "ces commerçants de la religion", à ne pas se mêler des affaires algériennes : "Nous avons suffisamment goûté de malheurs à cause de vous", affirme ce tweet de maghrebvoices.

D’autres encore y ont vu un signe que "les frères Daechisés (en référence au mouvement islamiste Daech) sortent de leurs tanières et de leurs nids comme des corbeaux, pour chevaucher le mouvement du peuple algérien". Nombreux sont ceux qui lui reprochent également d’être tranquillement "installé en Turquie au lieu d’aller en Palestine se faire moujahid comme Omar el Mokhtar".

Concernant ses attaques contre la présence de Djamila Bouhired, un internaute suivi par des milliers d’abonnés sur Twitter s’est chargé de lui rappeler le rôle de la femme en Algérie.

Face à ce torrent d’appels à ne pas s’ingérer dans les affaires de l’Algérie, le dignitaire religieux a cru bon de relancer le débat. Dans une nouvelle vidéo postée sur son compte Twitter, le 17 mars, il a répondu vertement à ses détracteurs.

(Voici ma réponse à ceux qui veulent me faire honte des conseils que j'ai donnés à mes frères musulmans en Algérie)

Leur reprochant de réfléchir en algérien, égyptien ou autre, il affirme s’adresser en musulman à d’autres musulmans et les appelle à se débarrasser des frontières de la colonisation établies par les accords Sykes-Picot en 1916, objectif déclaré du Califat d'Abou Bakr al-Baghdadi.