Crise au FLN algérien: les violentes critiques de la presse

Le Front de libération nationale, qui a mené l’Algérie à son indépendance en 1962 et gouverne le pays depuis lors, tient les 31 janvier, 1er et 2 février 2013, un comité central crucial. But : tenter de résoudre la question du leadership du FLN. Comment la presse algérienne se situe-t-elle aujourd’hui par rapport à une formation au pouvoir depuis 50 ans, et parti unique jusqu’en 1988 ?

Un lecteur du journal El Moudjahid dans le centre d\'Alger (16-12-2005)
Un lecteur du journal El Moudjahid dans le centre d'Alger (16-12-2005) ( AFP - FAYEZ NURELDINE)
Les journaux algériens en ligne bruissent de la crise qui oppose partisans et adversaires du secrétaire général du FLN, Abdebalziz Belkadem. Une crise qui «prend de nouvelles tournures», note Algérie360, avec l’éventuel départ de ce dernier, qui dirige la formation gouvernementale depuis 2005. Il avait alors promis de mener un mouvement de «redressement». Pari qui n’a pas forcément réussi, si l’on en croit certains commentaires.

Abdelkrim Belkadem «brûle la maison FLN», n’hésite pas à dire dans une interview à L’Expression-Le Quotidien le coordinateur du Mouvement de… redressement du parti, Abdelkrim Abada. Dans une question, le journaliste intervieweur rapporte que la «dissolution» dudit parti «est de plus en plus réclamée» «dans un contexte national et régional explosif marqué par la dissolution des vieux partis en Tunisie et en Egypte». Histoire de montrer la gravité de la crise politique…
 
«La fin» de Belkadem à la tête du FLN «est proche et il l’a programmée lui-même en mettant sur le devant de la scène, à commencer par ses listes aux législatives, des personnes peu recommandables et peu fréquentables. Le pouvoir de l’argent ayant pris le pas sur le militantisme. Si c’est pour dénoncer cette gangrène, et rien que pour cela, le changement, même par ces méthodes, est salutaire pour le pays», estime ainsi Liberté.

Le secrétaire général du Front de libération nationale, Abdelaziz Belkhadem (28-8-2007)
Le secrétaire général du Front de libération nationale, Abdelaziz Belkhadem (28-8-2007) (AFP - STR)

«Corruption», «gangrène»… Des propos qui font écho à ce qu’écrivait Le Matin en octobre 2012 à l’occasion des élections municipales : «A Oran, la liste électorale du FLN [était l’] objet d’opportunistes corrompus». Et de préciser qu’Untel, «qui a été élu sénateur avec un montant de plus de 3 milliards de centimes et dont la presse a divulgué tous les machinations, a fait main basse sur les listes [de l’ex-parti unique] aux prochaines élections locales à Oran»

D’une manière générale, le lecteur étranger est surpris de la liberté de ton des commentateurs algériens vis-à-vis du pouvoir. En l’occurrence celui du FLN, qui gouverne de facto depuis l'indépendance en 1962. La presse n’hésite pas, comme Le Matin, à brocarder l’«incompétence» et la «corruption». Même s’il s’agit en l’occurrence d’un article sur la «malbouffe»… Le même journal revient le même jour sur l’attaque par un commando islamiste du complexe gazier de Tiguentourine. Il publie ainsi un communiqué du parti d’opposition Mouvement pour l’alternative démocratique (MAD) dans lequel ce dernier estime que l’évènement «dévoile toute l’ampleur du désastre dans lequel baigne notre pays»
 
Au-delà, il s’en trouve bien peu pour défendre le secrétaire général sortant. Tout juste El Moudjahid, ancien journal du FLN, publie-t-il un communiqué de la formation gouvernementale soulignant que le parti «est sorti vainqueur dans toutes les échéances au regard de son ancrage populaire et de son rôle dans la réussite des réformes, et la garantie de la stabilité politique, institutionnelle et sociale». Cela suffira-t-il pour ramener la sérénité dans les rangs du parti ?

Vue aérienne (prise le 14 février 2003) de la casbah d\'Alger, quartier perché sur une colline dominant le port et la baie de la capitale algérienne.
Vue aérienne (prise le 14 février 2003) de la casbah d'Alger, quartier perché sur une colline dominant le port et la baie de la capitale algérienne. (AFP - HOCINE ZAOURAR)