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Algérie : ce que l'on sait des incendies dans le nord du pays, notamment en Kabylie, qui ont fait au moins 69 morts

Comme dans d'autres pays cet été, le dérèglement climatique contribue au phénomène.

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France Télévisions
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Un panache de fumée dégagé par un feu de forêt sur une colline près de Tizi Ouzou (Algérie), le 10 août 2021. (RYAD KRAMDI / AFP)

Après le Canada, la Grèce, la Turquie ou encore les Etats-Unis, l'Algérie est à son tour frappée par de gigantesques incendies. De nombreux départs de feu, plus de 70, selon le gouvernement algérien, se sont déclarés dans la soirée de lundi dans le nord du pays, notamment en Kabylie.

Le ministre de l'Intérieur, Kamel Beldjoud, leur a attribué une origine criminelle. Mais la canicule qui touche le pays, sur fond de dérèglement climatique, a au moins créé des conditions favorables à leur essor. Le bilan humain s'est très rapidement alourdi, et au moins 69 morts sont à déplorer, selon les derniers décomptes annoncés mercredi 11 août au soir.

Franceinfo revient sur la situation critique de l'Algérie, déjà durement touchée par la pandémie de Covid-19.

Des dizaines de feux dans le Nord

Plusieurs autorités algériennes ont livré des décomptes différents du nombre de sinistres, qui se comptent par dizaines. Mardi soir, la protection civile a fait état d'une centaine de feux dans 16 wilayas (une division administrative algérienne, équivalent de la préfecture). Le Premier ministre, Aïmène Benabderrahmane, évoquait, lui, plus de 70 incendies dans 18 wilayas. Mercredi, une partie des foyers avaient été éteints, mais 69 restaient actifs, dans 17 wilayas, selon un porte-parole de la protection civile.

C'est le nord-est de l'Algérie qui est touché. La zone ne se limite pas à la Kabylie, mais s'étend de la frontière tunisienne à la wilaya de Blida, au sud d'Alger.

Des images mises en ligne par des journalistes algériens témoignent de l'étendue des incendies et de l'importance des dégâts.

Au moins 69 morts

Les différents bilans annoncés jusqu'ici évoquent un total d'au moins 69 morts : 41 sont des civils et 28 sont des militaires déployés pour lutter contre les flammes. Mardi soir, le président Abdelmadjid Tebboune avait annoncé la mort "en martyrs" de 25 d'entre eux lors d'opérations "dans les montagnes de Bejaïa et Tizi Ouzou". Leur intervention a "permis de sauver des flammes 110 citoyens", avait salué le ministère de la Défense nationale.

Ces bilans menacent de s'alourdir, de nombreuses autres régions étant touchées par les incendies. On ignore par ailleurs le nombre de personnes contraintes d'évacuer leur domicile pour échapper aux flammes.

Un deuil national de trois jours a été décrété en Algérie à partir de jeudi.

Des avions envoyés par l'UE, la France et le Maroc

Emmanuel Macron a annoncé mercredi envoyer deux Canadair et un avion de commandement pour aider à lutter contre les incendies. L'Algérie a en outre conclu un accord avec l'Union européenne pour l'affrètement de deux avions bombardiers d'eau qui seront déployés à partir de jeudi, selon l'APS. Le Maroc voisin s'est dit aussi prêt à aider en mettant à disposition deux avions supplémentaires.

En France, la diaspora et des ONG se mobilisent pour envoyer du matériel aux zones sinistrées par l'intermédiaire d'organisations locales, comme elles l'ont fait pour l'envoi de bouteilles d'oxygène en plein pic de l'épidémie de Covid-19.

Sur les réseaux sociaux en Algérie, les appels à la solidarité avec les sinistrés et les hôpitaux, et les offres d'assistance matérielle et médicale, se sont multipliés. Des collectes de dons ont eu lieu dès mardi, notamment à Alger, comme le montre un journaliste de France 24.

Le gouvernement évoque une origine criminelle

En déplacement à Tizi Ouzou, le ministre de l'Intérieur, Kamel Beldjoud, a estimé que ces incendies avaient une origine humaine. "Cinquante départs de feu en même temps, c'est impossible. Ces incendies sont d'origine criminelle", a-t-il déclaré.

"Des analyses préliminaires au niveau de la région de Tizi Ouzou ont montré que les sites de déclenchement des incendies ont été soigneusement sélectionnés" pour être difficiles d'accès pour les secours et causer le plus de dégâts possible, a affirmé le Premier ministre dans un communiqué, mardi soir.

Mardi, au moins quatre personnes accusées d'avoir allumé des feux ont été arrêtées : un à Annaba, selon l'agence de presse algérienne APS, et trois à Médéa, selon la radio publique algérienne. L'un de ces trois suspects a avoué, a affirmé le Premier ministre.

Le sujet des incendies criminels était déjà sur la table en Algérie. Début juillet, trois personnes avaient été arrêtées après que les flammes eurent ravagé 1 500 hectares de forêt dans le massif des Aurès. Le 25 juillet, Abdelmadjid Tebboune a annoncé avoir ordonné l'élaboration d'un projet de loi punissant les auteurs d'incendies criminels de forêts de peines allant jusqu'à 30 ans de prison ferme, voire la perpétuité si l'incendie a causé des morts.

Un contexte climatique explosif

Si leur cause directe n'est pas établie, ces feux se sont déclarés dans un contexte climatique très propice. L'Algérie, touchée chaque été par des feux de forêt, vit une saison particulièrement chaude et pauvre en précipitations.

L'Office national de la météorologie prévoyait des températures supérieures à 35 voire 40 °C sur la majorité du pays mercredi, avec un pic à 47 °C dans plusieurs zones, dont celle de Tizi Ouzou. Dix-neuf wilayas du nord du pays sont placées en vigilance orange canicule. Les feux sont par ailleurs propagés par des vents importants, qui compliquent la tâche des pompiers, a expliqué le conservateur des forêts Youcef Ould Mohamed à l'agence APS.

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