Afrique du Sud : manchots, fous et dauphins de Port-Elizabeth à la merci du pétrole

Port-Elizabeth profite de sa situation géographique pour développer le ravitaillement en mer des navires. Une menace pour l'environnement et la faune.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Un groupe de dauphins dans les eaux l'île Sainte-Croix, près de Port-Elizabeth en Afrique du Sud, photographié le 8 juillet 2020. (MARCO LONGARI / AFP)

On appelle cela le bunkering. En bon français, le soutage, soit le fait pour un navire, de remplir ses soutes de carburants. En règle générale, cela se déroule à quai. Mais pour gagner du temps, et de l'argent, cela peut se faire sans avoir à accoster dans un port. Le bateau se met à l'ancre au large, en général une rade bien abritée et une barge vient remplir ses cuves.

L'Afrique du Sud voit passer chaque année 40 000 navires le long de ses côtes. Au moins 12 000 y font escale, dont un nombre important de pétroliers.

Port-Elizabeth, à l'extrême est de la province du Cap Oriental, s'est lancé dans le soutage en mer en 2016. Idéalement situé à mi-chemin de la route maritime Asie-Europe, le port est une étape de ravitaillement pour les bateaux, qui à l'image d'une voiture sur l'autoroute, ont besoin de refaire le plein en carburant. La baie d'Algoa est bien abritée, large et profonde, parfaite pour ce genre d'opération. Trois compagnies spécialisées dans le soutage ont obtenu l'agrément des autorités pour y opérer.  

Ancrés dans la baie d'Algoa, les navires attendent leur rechargement en carburant. (MARCO LONGARI / AFP)

Initialement plutôt anecdotique, le soutage en mer sur le site de Port-Elizabeth a soudainement explosé en 2018.  Selon le responsable d'une société de sports nautiques de la région, cité par News24, environ un millier de navires ont été vus dans la baie en attente de ravitaillement lors du premier trimestre 2018. Port-Elizabeth est le seul port à autoriser cette pratique en Afrique du Sud.

Or la technique est complexe, dangereuse et potentiellement source de pollution. Des fuites peuvent se produire lors du pompage des carburants.
En juillet 2019, un incident mineur a provoqué un écoulement de carburant estimé entre 200 et 400 litres. Selon le rapport la fuite a été rapidement stoppée, et aucune trace d'hydrocarbure n'a été détectée sur l'eau et le rivage.

Risques de fuites

Depuis pourtant, de nouvelles mesures de sécurité ont été adoptées. Durée de pompage réduite, augmentation du nombre des barrages flottants à bord en cas de pollution.

Pour autant, les associations de protection de la nature sont inquiètes. "Une seule fuite de pétrole dans la baie d'Algoa pourrait menacer 40% de la population de manchots du Cap (African penguin) et les trois quarts de fous du Cap (Cape gannet)" affirme la Fondation sud africaine de protection des oiseaux marins (SANCCOB).

Quelques membres de la colonie de manchots d'Algoa Bay, estimée à 20 000 individus. (MARCO LONGARI / AFP)

Mais c'est également la tranquillité des autres animaux marins présents dans le secteur qui est menacée. Les dauphins de la baie et, plus au large, les baleines sont sensibles au bruit des moteurs qui perturbent désormais leur sanctuaire. Ils pourraient donc à terme quitter les lieux.

Le tourisme également, très développé dans la région peut en pâtir. Non seulement en cas de catastrophe, car c'est toute l'image très écologique du secteur qui se dégrade. Depuis 1981, l'archipel de trois îles, dont l'île Sainte-Croix est la plus grande, dans la baie d'Algoa, est une réserve marine.

Groupe de dauphins dans les eaux de la réserve marine de l'île Sainte-Croix dans la baie d'Algoa en Afrique du Sud. (MARCO LONGARI / AFP)

Selon l'Autorité sud-africaine de la sécurité maritime (SAMSA), qui a autorisé les opérateurs de soutage, il faut un "juste équilibre". "Nous devons maintenir l'aire protégée, mais nous devons profiter de l'occasion pour développer l'économie", explique à l'AFP le directeur général par intérim de SAMSA, Sobantu Tilayi.

Les revenus tirés de ces opérations de ravitaillement sont estimés à près de 6 milliards de rands (300 millions d'euros). Ce à quoi les écologistes répondent que l'impact environnemental en cas d'accident est,lui, inestimable.

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