Témoignage Après la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan, l'amertume de la mère d'un soldat et d'un ancien militaire : "On n'a servi à rien"

Alors que les talibans ont pris le pouvoir en Afghanistan, dimanche 15 août, un ancien militaire envoyé sur place et la mère d'un soldat tué en opération témoignent de leur désarroi et d'un sentiment de gâchis de l'intervention française.

Article rédigé par
Corentin Debuire, Jean-François Fernandez - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Jusqu'à 4 000 soldats français ont été postés en Afghanistan au plus fort de l'engagement militaire de l'Otan. Les dernières troupes françaises sont parties en 2014. (JEFF PACHOUD / AFP)

"C'est maintenant que je me rends compte de la valeur de la mort de mon fils !" Les mots de Patricia Rabani sont très durs et traduisent ce qu'elle ressent en regardant les images de Kaboul à la télévision. Le 7 septembre 2011, son fils de 36 ans, père de trois enfants, le capitaine Valéry Tholy, du 17ème régiment du génie parachutiste de Montauban, est tué en opération en Afghanistan.

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"J'ai mieux compris mon fils"

Dix ans plus tard, alors que la population afghane cherche par tous les moyens à fuir Kaboul après le retrait des forces étrangères et l'arrivée au pouvoir des talibans, dimanche 15 août, Patricia Rabani se remémore les questions qu'elle s'est posée à la mort de son fils, puis quand les troupes françaises ont quitté l'Afghanistan, en 2014.

"Maintenant qu'ils sont partis et qu'on voit le résultat, que tout le monde part, on se dit : 'ben merde ! Ils servaient quand même à quelque chose."

Patricia Rabani, mère d'un soldat tué en Afghanistan

à franceinfo

"J'ai mieux compris mon fils, j'ai mieux compris son besoin de participer à cette cause. Ça voulait dire quelque chose pour lui", raconte-t-elle, un mélange de colère froide et de tristesse dans la voix. "Évidemment, tant que nos jeunes étaient là-bas, en bons égoïstes, on voulait qu'ils rentrent. Quand il est mort, je n'ai pas compris. Mais depuis quelque temps, je change mon regard. Et je me dis que oui, ils étaient là-bas pour quelque chose !"

"Plusieurs fois, je lui ai demandé pourquoi", poursuit Patricia Rabani, "car quand il est parti, il n'était pas obligé. Il avait déjà fait le Kosovo, la Côte d'Ivoire. Mon fils m'a alors répondu : 'si un jour mes filles ne pouvaient plus apprendre à lire et à écrire et devaient se cacher, je voudrais que quelqu'un prenne les armes pour qu'elles vivent mieux."

"À l'époque, notre présence était très utile"

Gaël, ancien militaire, était en Afghanistan en 2006. Lui a l'impression que l'intervention de l'armée française, jusqu'à 4 000 soldats au plus fort de l'engagement de l'Otan, "n'ont servi à rien".

"À l'époque, notre présence était très utile. On les a vraiment aidés sur le volet médical, sur la reconstruction du pays" après la chute du régime taliban, estime-t-il. "On était vraiment là pour sécuriser un peu le pays, et maintenant, quand on voit tout ça, ça me fait vraiment très peur pour eux." Gaël s'inquiète surtout du sort des femmes et des enfants.

"Quand on sait que les gamines de 12 ans ne pourront plus aller à l'école, ou vont être mariées de force. C'est triste à voir, c'est atroce."

Gaël, ancien militaire déployé en Afghanistan

à franceinfo

Depuis 2001, et le début de l'intervention militaire internationale en Afghanistan, 90 militaires français ont perdu la vie en opération. 

L'amertume de la mère d'un soldat et d'un ancien militaire après la prise de pouvoir des talibans - Corentin Debuire et Jean-François Fernandez
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