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L’affaire Farkhunda, lynchée puis brûlée pour «rien», culpabilise l’Afghanistan

Farkhunda, la jeune femme lynchée le 19 mars 2015 à Kaboul par une foule qui l'accusait d'avoir brûlé un coran, était innocente. Son corps a été brûlé et jeté dans une rivière. Des dizaines de femmes lui ont rendu hommage et –fait inédit- ont porté son cercueil.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Les manifestants demandent des comptes aux autorités (Wakil Khsar/AFP)
«C'est une honte pour nous tous, les parlementaires, les ministres, le  président. C'est une catastrophe, cela montre que nous ne sommes pas humains. Tous les Afghans sont impliqués dans ce meurtre. Nous avons perdu notre statut et notre dignité à travers le monde». Ces propos sont ceux d’un manifestant, écœuré par le lynchage d’une jeune femme de 27 ans, accusée à tort d’avoir brûlé un exemplaire du Coran. Retour sur un meurtre qui bouleversé l’Afghanistan.
 
Jeudi 19 mars. Toute est parti d’une rumeur. Farkhunda, un peu simple d’esprit, est accusée d’avoir brûlé un exemplaire du Coran. Farkhunda était traitée depuis quatre ans pour des troubles psychiatriques. La rumeur n’avait fait que s’enfler. Il n’en fallait pas plus à une foule en colère pour la battre à mort, avant de brûler son corps et de le jeter dans la rivière Kaboul. Les réseaux sociaux s’enflamment. Les photos et vidéos partagées par les internautes montrent des policiers en uniforme présents sur les lieux sans intervenir.
 
Colère des manifestants contre les autorités (Shah Marai/AFP)

Révoltée, la société se mobilise. Le miroir tendu par les manifestants dimanche 22 mars 2015 à la société afghane et aux autorités, sur la place même où Farkhunda a été lynchée, a créé un grand émoi. Les autorités sont sorties de leur silence et annoncé des mesures sévères. 200 personnes ont manifesté à Kaboul près des lieux où le corps de Farkhunda a été brûlé.


Des femmes portaient des masques de papier représentant le visage  ensanglanté de la victime. Et les manifestants ont scandé des slogans contre le gouvernement et la police.
 
L’affaire est remontée jusqu’au président de l’Afghanistan, Ashraf Ghani. Les autorités reconnaissent une faute policière, politique et morale. «L'accusation la visant est complètement fausse. Farkhunda était une femme religieuse, elle était innocente. Il est très douloureux que nous n'ayons pas pu protéger une jeune femme pieuse, nous espérons que cela ne se reproduira pas», a déclaré le ministre de l'Intérieur Noorul Haq Ulumi devant la chambre basse du parlement afghan.
 
Le ministre a commencé à faire le ménage dans chez lui. Treize policiers ont été suspendus, dont le chef de la police du quartier où se sont déroulés les faits. Plus d’une dizaine d’agresseurs présumés ont été arrêtés par la police. «Nous en avons arrêté 13 en relation avec le meurtre de Farkhunda, même s'ils sont 100, nous les arrêterons tous», promet le chef des investigations criminelles.
        
Cette affaire n'est pas sans rappeler celle de Bagram qui avait fait 30 victimes. En 2012, la révélation de l'incinération d'exemplaires du Coran sur la base américaine avait provoqué cinq jours de violentes émeutes  antiaméricaines et d'attentats. 

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