Afghanistan : "On ne lapide plus" les femmes "dans les stades de football", mais la "même attitude anti-féministe persiste" chez les talibans, selon un expert

Pour Jean-Charles Jauffret, spécialiste de l'Afghanistan, les femmes qui manifestent sont des "héroïnes" au "courage inouï".

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Radio France
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Des femmes et des filles afghanes manifestent devant le ministère de l'Education à Kaboul le 26 mars 2022. (AHMAD SAHEL ARMAN / AFP)

"On ne lapide plus" les femmes "dans les stades de football", "mais la même attitude anti-féministe perdure" chez les talibans, a affirmé samedi 13 août, sur franceinfo, Jean-Charles Jauffret, professeur émérite d'histoire contemporaine à Sciences Po Aix et spécialiste de l'Afghanistan. Une manifestation de femmes pour le droit au travail et à l'éducation a été violemment dispersée ce samedi à Kaboul par les talibans, près d'un an après leur arrivée au pouvoir.

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franceinfo : Les femmes sont-elles les premières victimes de cette reprise du pouvoir des talibans depuis près d'un an ?

Jean-Charles Jauffret : Oui, elles ont été exclues de l'espace public graduellement. La seule différence avec les talibans d'antan, c'est qu'apparemment on ne les lapide plus dans les stades de football ou qu'on ne les bat plus en pleine rue à Kaboul. Mais la même attitude anti-féministe perdure.

Depuis septembre, il y a des manifestations récurrentes de courageuses héroïnes dans les rues. La dernière était le 29 mai, avec le même slogan : "paix, travail, liberté". Il est absolument affligeant de voir des jeunes gens frapper à coups de crosse des femmes parce qu'elles revendiquent simplement un droit humain. C'est quelque chose d'effroyable, quand on sait aussi que les femmes qui ont défilé aujourd'hui ou le 29 mai sont poursuivies, battues, et que leurs familles vont également subir les conséquences de leur acte de courage.

Sait-on ce que deviennent ces femmes après ces manifestations ?

On n'en sait strictement rien, sauf pour quelques personnalités du domaine des médias. Mais elles ont un courage inouï.

Ce sont de véritables héroïnes contre l'obscurantisme le plus total.

Jean-Charles Jauffret

à franceinfo

Existe-t-il d'autres façons de résister face aux talibans aujourd'hui dans le pays ?

90% des Afghans vivent maintenant sous le seuil de pauvreté, et nous avons un phénomène qui commence à apparaître, avec les femmes, de résistance passive. Par exemple, dans Kaboul, peu de femmes portent ce que nous appelons en Occident le tchador. On voit aussi une volonté de lycéennes, via des radios, Internet et tout ce qu'on peut trouver sur les réseaux sociaux, de pouvoir continuer leurs études. On voit aussi, dans la vallée du Panchir notamment, une forme de résistance qu'anime le fils du commandant Massoud.

Il y a un an, les talibans avaient pourtant promis une certaine ouverture, corrélée à l'aide humanitaire. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Elle arrive, mais où va-t-elle ? La communauté internationale a versé, via l'ONU, environ 2 milliards depuis le début de l'année.

"Où sont passés ces milliards ? Les médecins se plaignent de souffrir du manque de médicaments, d'instruments de chirurgie ..."

Jean-Charles Jauffret

à franceinfo

Les talibans détournent cet argent, et on ne sait pas ce qu'ils en font. C'est une situation inextricable d'un gouvernement failli, d'un État failli, qui est tellement infréquentable qu'aucun de ses voisins ne veut nouer de liens diplomatiques avec lui.

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