Afghanistan : "Les jeunes ne comprennent pas la terreur" et "les femmes se dressent contre les talibans", selon un spécialiste

"Mais combien de temps ça va durer ?" s'interroge Jean-Charles Jauffret, professeur émérite d'histoire contemporaine à Sciences-Po Aix. Il "pense que la chape de plomb sera de plus en plus lourde et la répression terrible". Les talibans ont averti lundi qu'ils ne toléreraient plus aucune contestation de leur pouvoir. 

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Radio France
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Des Afghanes manifestent près de l'ambassade du Pakistan à Kaboul le 7 spetembre 2021, pour dénoncer l'ingérence d'Islamabad, proche des talibans. 
 

 (HOSHANG HASHIMI / AFP)

"Les talibans ne s'attendaient pas à une réaction de la société civile", estime mardi 7 septembre sur franceinfo le spécialiste de l'Afghanistan, Jean-Charles Jauffret. À Kaboul, plusieurs manifestations ont rassemblé mardi des dizaines de jeunes femmes et jeunes hommes qui s'opposent aux talibans et réclament la liberté. "Les jeunes ne comprennent pas la terreur parce qu'ils sont allés à l'université", estime le professeur émérite d'histoire contemporaine à Sciences-Po Aix. "C'est quelque chose d'extraordinaire parce que ce sont des femmes qui se dressent en majorité contre les talibans".

franceinfo : Que vous inspirent ces scènes ?

Jean-Charles Jauffret : Les talibans ne s'attendaient pas à prendre le pouvoir si rapidement. Ils ne s'attendaient pas non plus à une réaction de la société civile, qui existe ! Ces jeunes ne comprennent pas la terreur ni cette sorte de prêchi-prêcha parce qu'ils sont allés à l'université. C'est la première réaction d'une force de résistance qui ne veut pas de ce retour à l'âge de pierre. C'est quelque chose d'extraordinaire parce que ce sont des femmes qui se dressent en majorité contre les talibans. Voilà quelque chose d'intéressant pour comprendre la paralysie actuelle d'un régime qui n'a toujours pas été prononcé.

Ces femmes peuvent-elles tenir tête aux talibans ?

Elles ont énormément de courage parce que, du jour au lendemain, elles se sont retrouvées comme des personnes de sous-catégorie. À l'université, elles doivent désormais suivre les cours dans des classes non-mixtes et porter le niqab… Imaginez un cours pratique de chimie avec ce genre de panoplie ! Il est grand temps que la communauté internationale et l'ensemble des associations féministes dans le monde entier se lèvent contre ce retour à l'obscurantisme.

Les manifestants répondent-ils à l'appel du fils du commandant Massoud qui emmène la résistance ?

C'est une révolte qui n'a rien à voir. C'est vraiment la société civile. Mais combien de temps ça va durer ? Je pense que la chape de plomb sera de plus en plus lourde et la répression terrible. On sait ce qu'il se passe à Kaboul, mais que se passe-t-il dans les autres villes ? La résistance dans la vallée du Panchir n'est peut-être pas terminée, puisqu'on parle de poches de résistance, mais les talibans sont supérieurs en armement face aux combattants tadjiks et aux 9 000 soldats de l'armée nationale afghane qui n'ont que des armes légères.

Est-on face à un pouvoir taliban paralysé, qui se demande jusqu'où il peut aller sans s'attirer les foudres de la communauté internationale ?

Nous sommes en présence d'une dictature théocratique qui n'ose pas encore dire son nom, parce qu'on a encore les souvenirs de 1996-2001. Les talibans vont peut-être proposer un gouvernement inclusif, avec des personnalités hors de leur mouvement pachtoune qui pourraient être crédibles pour faire tourner l'économie, ou alors ils vont nous refaire le coup de 1996-2001 en encageant les femmes et en contrôlant la société par la terreur, tout en demandant bénévolement à des associations de bien vouloir préserver leur pays de la famine. Pour l'instant, les talibans ont montré leur incapacité à maintenir l'ordre face au groupe État islamique.

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