Froid glacial en Europe : ces "coups de froid" vont être "moins nombreux dans le futur", affirme un climatologue

Hervé Le Treut, climatologue, indique mardi sur franceinfo que la vague de froid que subit la France actuellement est liée à un simple événement météo et non à un phènomène climatique de plus longue échelle.

Une fontaine gelée à Angers, le 27 février 2018.
Une fontaine gelée à Angers, le 27 février 2018. (MAXPPP)

Les températures sont glaciales mercredi 27 février en France, avec jusqu'à -10 degrés constatés à certains endroits de l'Hexagone. Mais, en même temps, on constate un pic de chaleur au pôle Nord où les températures sont plus hautes que la moyenne hivernale. Pour le climatologue et ancien membre du GIEC Hervé Le Treut, interrogé mardi sur franceinfo, il ne faut pas confondre événement météo ponctuel et événement climatique de long terme.

franceinfo : Pourquoi cette masse d'air froid est bloquée sur l'Europe et ne remonte pas au Pôle Nord ?

Hervé Le Treut : Il faut faire attention aux échelles de temps. Il y a des phénomènes plus ponctuels, plus locaux qui durent une ou deux semaines. Et puis il y a les évolutions à long terme. Dans l'Arctique c'est une évolution sur 30 ou 40 ans qui est liée à l'accumulation sur cette période de gaz à effet de serre que l'on émet continuellement et que l'on continue d'émettre. Donc on a des manifestations en France qui sont ponctuelles, l'air bouge tout le temps et l'atmosphère est capable d'inventer des configurations extrêmement nombreuses et compliquées qui varient. Donc là, on a de l'air froid qui vient de Sibérie et c'est normal, cet air n'a pas le temps de se réchauffer en arrivant donc on le reçoit tel qu'il vient de là bas, on peut avoir, en été, des circonstances inverses avec de l'air qui vient du Sud, du Sahara. Cela, c'est de la météo. La climatologie, c'est de regarder les situations dans le long terme et sur 30 ou 40 ans de réchauffement, qui globalement sur la planète, est de 1 degré, d'un peu plus sur les zones arctiques. À un moment donné quand il y a de l'air qui vient du pôle, il y a de l'air qui retourne au pôle. Donc, on a une situation où il fait froid à certains endroits, chaud à d'autres, la climatologie c'est différent et cela regarde de grandes échelles de temps.

Ce qui se passe sur le long terme au Pôle Nord provoque des effets à court terme sur la météo en France ?

Il y a bien sûr des effets de toute sorte. Le réchauffement conduit par exemple à la fonte des glaces, au relèvement du niveau de la mer, à des déplacements d'espèces qui réagissent au caractère récurrent des évènements. Il y a beaucoup de conséquences pratiques et de manière générale on souffre aujourd'hui d'un coup de froid mais ce qu'on peut montrer aussi c'est que les coups de froid sur Europe sont moins nombreux et moins intenses qu'il y a quelques années.

Donc ce réchauffement ne va pas rendre forcément ce phénomène qui nous semble paradoxal de froid glacial en Europe et de chaleur au Nord, plus fréquent ?

A priori non, il y a des complexités indirectes. Par exemple, la fonte des banquises fait que la configuration des contrastes de températures dans l'hémisphère nord change un peu. Cela peut modifier la trajectoire de certaines dépressions. On parle de dérèglement climatique, on a beaucoup de mal à l'anticiper. Il y a des surprises, des choses que l'on ne comprend pas forcément toute de suite, mais qui vont se passer plus ou moins fréquemment. Mais il n'y a pas d'effet systématique que l'on puisse anticiper aujourd'hui disant que les grands froids vont être plus nombreux. Au contraire, ils vont être moins nombreux dans le futur.