Météo : les autres grandes villes du monde gèrent-elles vraiment mieux les épisodes neigeux que Paris ?

La pagaille occasionnée en Ile-de-France a suscité de nombreuses critiques pointant du doigt une impréparation et un manque d'investissements coupables de la région. Mais fait-on vraiment mieux à l'étranger ?

Moscou subit une tempête de neige, le 3 février 2018.
Moscou subit une tempête de neige, le 3 février 2018. (SEFA KARACAN / ANADOLU AGENCY / AFP)

Ils auraient quelques raisons de se moquer. Routes impraticables, trains à l'arrêt, crèches fermées... Le nord de la France, et plus particulièrement Paris et sa banlieue, est paralysé par les 10 cm de neige tombés mercredi 7 janvier. De quoi provoquer des sarcasmes et des critiques dénonçant le manque de préparation du pays face à un événement climatique pourtant prévisible en hiver.

Et pour enfoncer le clou, certains prennent en exemple des villes étrangères qui gèrent parfaitement les abondantes chutes de neige. Comment Moscou, Montréal ou Stockholm font face à l'hiver ? Et Paris est-elle la seule métropole incapable de faire face au froid ? Franceinfo s'est penché sur la question. 

Celles qui s'en sortent mieux que Paris 

Tout est une question d'infrastructures et de préparation. Les pays souvent confrontés à la neige adaptent leurs infrastructures aux intempéries qu'ils rencontrent année après année.

A Montréal, le budget "neige" s'élevait à 171 millions de dollars canadiens (111 millions d'euros) en 2017. Une somme qui permet un déneigement de jour comme de nuit, pour faire face aux deux mètres de neige cumulés chaque hiver dans la ville. Le sel et les abrasifs sont répandus sur les routes, puis les déneigeuses entrent en jeu. A Montréal, le déneigement représente environ 300 000 trajets de chasse-neige chaque année

En cas de fortes chutes, ces villes habituées aux températures extrêmes s'adaptent. Par exemple, lors de la tempête qui a frappé Moscou samedi et dimanche, près de 70 000 employés de la mairie ont été mobilisés pour dégager la voirie. L'armée est intervenue lundi dans les rues de la capitale russe pour dégager les voies.

Du côté de la Suède, à Stockholm par exemple, en cas de vinterväglag c'est-à-dire lorsque la neige, la glace ou le verglas recouvrent la route, les automobilistes sont parés. La police détermine lorsque les pneus d'hiver sont obligatoires et, contrairement à la France, ils le deviennent dès que les intempéries le nécessitent. A Montréal, dès le 15 décembre, les pneus d'hiver sont obligatoires sur tous les véhicules. Dans plusieurs pays, le lave-glace antigel est aussi obligatoire et le carburant résiste mieux au froid en supportant des températures inférieures à -15 C°.

Dans plusieurs de ces pays exposés aux rigueurs de l'hiver, la fermeture des établissements scolaires reste une mesure exceptionnelle. "Certaines écoles ferment quand il y a une tempête, mais il faut vraiment que ce soit une grosse crise de tempête", témoignait une Québécoise pour 20 Minutes. Dernier exemple en date, janvier 2018, où entre 7 à 12 mm de verglas étaient attendus.

Pour Moscou, même réflexe. Le Los Angeles Times (en anglais) raconte que lorsque le maire de la capitale russe, Sergueï Sobyanin, a invité les enfants à rester chez eux lundi à cause de la neige, la surprise était de mise pour les Moscovites. A l'image du tweet de Leonid Ragozin, journaliste natif de la capitale russe : "Oh mon dieu, le maire de Moscou a autorisé les enfants à rester chez eux à cause de la tempête. Je suis allé à l'école et à l'université à Moscou et ça ne m'est jamais arrivé. Une tempête de neige est la pire excuse pour rater l'école."

Pour le trafic aérien, chacun s'en sort comme il peut. L'aéroport Trudeau de Montréal peut compter sur 16 déneigeuses et huit souffleuses qui dégagent 5 000 tonnes de neiges à l'heure.

Enfin, pour éviter les routes bloquées, les Canadiens peuvent toujours miser sur leurs "villes souterraines". Si RésO de Montréal est le plus complexe, Toronto, Ottawa, Winnipeg et Vancouver peuvent se targuer de proposer aux habitants une solution de déplacement et un accès aux commerces. Une préparation et surtout une routine qui poussent parfois les Canadiens à sourire de nos déboires, comme l'émission de télévision québécoise "Infoman", qui se moquait gentiment en janvier 2013. 

Et, pour les Québécois, le coup de froid qui touche la France et paralyse plusieurs départements depuis quelques jours est source de pas mal de railleries. Comme ce couple qui se fait un malin plaisir à commenter un reportage du journal de France 2. Ou encore ces présentateurs déconcertés par les conséquences de la neige en Ile-de-France.

Ces villes qui connaissent les mêmes galères

Quel est le point commun entre Paris, Istanbul, Berlin, Tokyo, Madrid et Milan ? Toutes ces villes ont connu des déboires lors d'intempéries hivernales. 

Le 22 janvier, Tokyo a subi d'importantes chutes de neige. Une situation exceptionnelle dans la métropole. Vols et trains annulés, transports en commun perturbés... L'agence météorologique japonaise a même appelé les salariés à quitter leur lieu de travail plus tôt. "A Tokyo, nous mettons en garde contre la neige abondante à partir d'une prévision d'accumulation de plus de 10 cm en 12 heures", précise Sakiko Nishioka de l'agence météorologique. 

Du côté de l'Espagne, Madrid subit aussi la vague de froid qui touche l'Europe. Les avions sont restés cloués au sol une bonne partie de la journée de lundi. La préfecture de la capitale espagnole a annoncé avoir relevé le niveau de son plan neige. Celui-ci prévoit notamment le déploiement de chasse-neige, des opérations de salage et la fermeture de certaines routes. Et en Espagne, comme en Russie, l'armée est appelée en renfort, notamment pour venir en aide aux automobilistes bloqués sur les routes. 

Globalement, dans toutes ces villes où de tels épisodes sont peu fréquents, les réactions sont les mêmes : fermer ou réduire le trafic aérien et ferroviaire, bloquer certaines routes, inviter les salariés à ne pas venir au travail, fermer les écoles, privilégier les transports en commun s'ils sont encore en activité, éviter l'usage de la voiture... et attendre. 

Car même en étant parfaitement équipé et préparé, il n'est pas garanti que la pagaille soit évitée. C'est en tout cas ce que questionne Pierre Serne, élu EELV de la région Ile-de-France et administrateur d'Ile-de-France Mobilités (l'ancien Stif) dans une publication Facebook. 

"Les premières heures, que ce soit, Paris, Montréal, New-York ou Moscou, c'est de toute façon chaotique et la circulation est impossible, ajoute-t-il, contacté par franceinfo. Je ne suis pas certain que si on avait eu 200 chasse-neige cela ait changé grand chose puisque la route était déjà bloquée. Et je ne suis pas certain non plus que dans une région où on a un épisode comme ça tout les trois ou quatre ans, l'investissement soit très malin alors que ça n'empêchera pas ces premières heures de chaos."