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Météo : chasse-neige, fraiseuses... L'Ile-de-France devrait-elle en remettre une couche sur les équipements spécialisés ?

Après la pagaille créée par les fortes chutes de neige qui ont touché la région, de nombreuses voix se sont élevées pour réclamer davantage d'investissement dans du matériel pour déneiger les routes. 

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France Télévisions
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Une vue des Champs-Elysées, à Paris, mercredi 7 février 2018. (CHARLES PLATIAU / X00217)

Après quelques flocons, Paris entre en hibernation. La circulation est en partie paralysée dans la capitale depuis mardi 6 février, confrontée à un épisode neigeux. La préfecture conseille d'ailleurs aux automobilistes d'éviter de se déplacer en voiture jusqu'à au moins jeudi.

A Paris, les chaussées sont déblayées quand la chute de neige atteint ou dépasse cinq centimètres. La ville a déployé 34 saleuses et 200 agents pour tenter de rendre les voiries praticables. La ville d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), de son côté, évoque "plus de 400 agents, 19 saleuses, 5 camions et 5 tracteurs équipés de lame de déneigement, ainsi que 20 mini-balayeuses à neige".

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D'aucuns regrettent un manque d'équipements dans la capitale, et prennent exemple sur Montréal, Stockholm ou Moscou. Faut-il pour autant succomber à l'achat compulsif de chasse-neiges et de fraiseuses ? Pas si sûr.

Une circulation problématique

Le trafic est un premier bémol, notamment à Paris et dans sa banlieue, car il est difficile de déployer des engins dans les bouchons, a fortiori lors des déplacements pendulaires, le matin et le soir. "Dès que trois camions piétinent, les engins peuvent avoir du mal à déneiger, explique Jacques Baud, du service matériel du conseil départemental de Savoie. C'est une situation que l'on connaît dans les accès aux stations de ski."

Ainsi, en Île-de-France, un pic de 739 kilomètres de bouchons a été enregistré peu avant 19h30 mardi par le site d'informations routières Sytadin. Un record absolu. Difficile dans ces conditions de déployer des engins de déneigement sur les routes.

"Les engins de déneigement sont parfois disponibles mais ne peuvent pas accéder aux portions concernées, ajoute encore Bruno Saintot, du Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l' aménagement (Cerema). La stratégie est alors de créer des zones de stockage bien en amont pour les poids lourds, à Orléans (Loiret) par exemple, pour éviter qu’ils ne “finissent en portefeuille dans une zone à risque”.

Des engins pas toujours adaptés à la capitale

Avoir des camions-saleuses est un atout en cas de fortes chutes de neige. Problème : ils sont à la peine quand il s'agit de faire du "déglaçage", c'est-à-dire d'enlever la couche de glace qui se forme après la neige. "Le camion n'y arrive plus, car il n'a pas assez de force sur l'outil", explique Jacques Baud. C'est d'ailleurs tout le problème actuel à Paris, où des plaques de glace sont prévues à l'aube, jeudi.

L'une des options est alors de faire circuler un chasse-neige équipé d'un racleur en acier. Mais le cas échéant, la machine devrait bloquer les deux voies en circulant à 5km/h, contre 40 km/h pour un déneigement classique. A cette vitesse, il faudrait alors imaginer une flotte pléthorique pour arpenter Paris, sans compter l'obstacle pour le trafic. En Savoie, d'ailleurs, les chasse-neige travaillent rarement en dessous de 500 ou 600 mètres d'altitude.

Un coût (très) élevé...

Compte tenu de son enneigement, le département de la Savoie compte 3500 km de réseau départemental mais possède le plus grand parc d'engins de déneigement en France : une centaine de chasse-neige (qui poussent la neige) et fraiseuses (qui recrachent la neige plus loin, avec un outil rotatif), ainsi que 130 camions-saleuses, dont une partie est également utilisé l'été, pour d'autres tâches. Cela représente un budget important pour le conseil départemental.

Un chasse-neige coûte entre 350 000 et 400 000 euros et une fraiseuse vaut 500 000 euros.

Jacques Baud

à franceinfo

Le montant d'un camion tout équipé, lui, peut atteindre 250 000 euros, avec la lame (ou entrave en montagne) et la saleuse.

... pour une utilisation épisodique et "un bénéfice faible"

"Dimensionner un parc de déneigement avec des camions non utilisés représente un coût important pour un bénéfice faible", résume Jacques Baud. Ces engins sont indispensables en Savoie, mais Paris est davantage épargné par la neige, puisque les derniers épisodes marquants remontent à 2013 et 2010. La question des moyens mérite toutefois d'être posée, après une nuit cauchemardesque pour 1 500 à 2 000 automobilistes bloqués sur la N118.

"Aujourd'hui, franchir un échelon supplémentaire dans les équipements ne serait pas très malin pour les deniers publics", ajoute Pierre Serne, ancien vice-président d'Ile-de-France en charge des transports.

Si Paris affrontait un tel épisode plusieurs fois par an et chaque année, là oui, la question des équipements se poserait.

Pierre Serne

à franceinfo, ancien vice-président d'Ile-de-France (EELV) en charge des transports

“Nous ne pouvons pas débloquer des sommes astronomiques pour acheter des engins”, estime également Brice Nkonda, président (UDI) de la commission des transports à la région. Il plaide pour un développement du télétravail lors des épisodes neigeux et évoque une cartographie des points de congestion (N118, Vélizy…) lors de tels événements. “Au niveau des collectivités les plus concernées, on peut également imaginer une mutualisation des moyens pour acheter des engins”.

Dernière option : que les automobilistes franciliens achètent des chaînes d'hiver ou autres dispositifs. A condition qu'ils soient prêts à investir dans des équipements pour un usage peu fréquent.

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