Hiver pluvieux : "La plupart des Franciliens n'avaient jamais observé un tel phénomène météo de leur vivant"

Olivier Proust, prévisionniste à Météo France, répond aux questions de franceinfo sur cet hiver maussade.

La Seine en crue à Paris, le 25 janvier 2018.
La Seine en crue à Paris, le 25 janvier 2018. (MAXPPP)

Vous faites peut-être partie des Français qui se plaignent de connaître un hiver "pourri". Une grande partie de l'Hexagone connaît en effet un déficit d'ensoleillement de "l'ordre de 30 à 50% par rapport à la normale saisonnière", selon Météo France. Mais l'absence de soleil n'est pas le seul problème : l'hiver 2017-2018 est particulièrement pluvieux sur une large partie du pays. Douze départements sont placés en vigilance orange, samedi 27 janvier, en raison des risques de crues et d'inondations causés par les précipitations. 

>> CARTE. Météo : l'hiver est-il vraiment pourri dans votre ville ?

Les dernières semaines battent-elles des records de pluviométrie ? Ce phénomène va-t-il durer ? Olivier Proust, prévisionniste à Météo France, répond à quatre questions de franceinfo sur cet hiver maussade.

Franceinfo : La Seine va atteindre un pic de crue de 5,95 mètres à Paris, dimanche 28 janvier. Est-ce le signe que cet hiver est particulièrement pluvieux ?

Olivier Proust : On atteint effectivement des records. Si l'on regarde l'agrégation de précipitations dans le bassin versant de la Seine, c'est-à-dire les moyennes de pluie dans l'ensemble du bassin de ce fleuve et de ses affluents, on constate qu'il est tombé deux à trois fois la normale depuis le 1er décembre. Au 27 janvier, on a enregistré 232 mm de pluie alors que la moyenne de saison est de 144 mm. C'est un record depuis 1959 ! Si l'on se concentre sur les cumuls de précipitations à Paris et en petite couronne, on approche du record de décembre et janvier 1935-1936. C'est énorme : la plupart des Franciliens n'avaient jamais observé un tel phénomène météo de leur vivant.

Ce phénomène touche-t-il l'ensemble de l'Hexagone ?

Les cumuls de précipitations sont au-dessus des normales de janvier dans presque tout le pays, car les vents d'Ouest apportent beaucoup d'eau. Ce phénomène est particulièrement important dans l'est de la France, ainsi qu'en montagne et sur les contreforts ouest, car les nuages restent "bloqués" sur les reliefs. Sur les contreforts est, moins exposés au vent, les excédents de précipitations sont moins importants.

Alors que le mois n'est pas achevé, le record de précipitations au mois de janvier a déjà été battu à Bourg-Saint-Maurice (Savoie), avec 385 mm enregistrés contre 300 mm en janvier 1955. A Rodez (Aveyron), 192 mm sont tombés, battant le record de 162 mm établi en janvier 2004. A Langres, en Haute-Marne, on a relevé 226 mm cumulés de pluie, samedi 27 janvier. La précédente marque, de 188 mm, datait de janvier 1995. En moyenne, il est tombé 2,5 à 3 fois les normales de saison dans ces stations.

Comment expliquer ces cumuls de précipitations ?

Nous connaissons cet hiver une configuration météorologique particulière : en l'absence d'anticyclone, les perturbations venues de l'Atlantique s'engouffrent sur le continent européen. La France connaît ainsi depuis deux mois une succession de passages pluvieux. Ces courants océaniques dominants sont parfois virulents, ce qui explique que l'Hexagone ait été touché par plusieurs tempêtes ces dernières semaines.

Ce phénomène va-t-il durer ?

Nous connaissons [depuis vendredi 26 janvier] une accalmie qui va durer jusqu'au début de semaine : il y aura de petites bruines, sous un ciel malheureusement couvert par les nuages. Une perturbation apportera toutefois un cumul significatif de précipitations mercredi 31 janvier.

Ce phénomène devrait se poursuivre début février. Un régime de nord-nord-ouest apportera des températures plus basses, dans les normales de saison. Des précipitations sont toutefois à nouveau attendues, car il n'y a pour l'instant pas d'anticyclone en vue.