Infographies Météo : vagues de froid plus rares, températures en hausse... En France, les hivers sont de plus en plus doux

Les températures ont battu des records de douceur un peu partout dans l'Hexagone, ces dernières semaines. Voici trois graphiques pour mieux comprendre cet épisode exceptionnel.

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Des records de température ont été battus à Pau (Pyrénées-Atlantiques), le 1er janvier 2022. (MAXPPP)

Un air printanier a flotté pendant les fêtes de fin d'année. Des records de douceur ont été battus un peu partout dans l'Hexagone, avec par exemple 20,9 °C enregistrés le 29 décembre à Nîmes, ou 20,7 °C repertoriés le 30 décembre à Marseille-Marignane, deux villes où les mesures sont recensées depuis 1922.

Le climatologue Jean Jouzel estime auprès de franceinfo qu'il s'agit d'un signe du réchauffement climatique. "Lorsque nous évoquons le réchauffement climatique, nous sommes enclins à porter notre regard sur les étés, les canicules estivales et les épisodes de sécheresse", avance l'ancien vice-président du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec). Dans l'imaginaire collectif, le lien est établi de façon moins évidente avec les "douceurs exceptionnelles des hivers". Pourtant, assure-t-il, avec le changement climatique "les hivers deviennent de plus en plus doux". Voici trois graphiques pour mieux comprendre cet épisode exceptionnel, et le mettre en perspective.

Des vagues de froid moins nombreuses

Températures glaciales, chutes de neige... Les vagues de froid sont des épisodes "durables et étendus" durant lesquels "la température moyenne nationale (descend) au moins une journée sous un certain seuil (-2 °C)", décrit Météo France sur son site. Selon l'institut, il y a eu 46 vagues de froid depuis 1947 en France. Plus de la moitié d'entre elles (24) ont été observées avant 1970, ce qui signifie qu'il y a eu en 23 ans plus de vagues de froid que sur les 51 dernières années.

"Il y a une raréfaction des vagues de froid", commente auprès de franceinfo Christine Berne, climatologue à Météo France. "La dernière grosse vague de froid date de début février 2012. Entre-temps, il y a eu un petit pic de froid en février 2018. Mais depuis, on n'a pas connu de vague de froid", rappelle-t-elle. Et cette tendance devrait se poursuivre : "Le nombre de jours de vagues de froid ou de gelée est en baisse dans tous les scénarios [de réchauffement étudiés par le Giec]", selon les dernières projections climatiques de Météo France (PDF).

Des moyennes de températures à la hausse

Quelle est l'origine de la vague de douceur de ces derniers jours en France ? Robert Vautard, climatologue au CNRS, explique à franceinfo que "la situation météorologique a fait que, pendant plusieurs jours, des masses d'air venant de l'Atlantique tropical ne se sont pas mélangées avec des masses d'air plus en altitude" en Europe. D'après le spécialiste, "nous avons donc eu des arrivées d'air tropical 'pur', qui viennent d'un océan relativement chaud, et qui ne se sont pas rafraîchies en chemin". Et, selon lui, le changement climatique a aggravé la situation, "apportant un petit supplément par rapport à la situation météorologique", qui "n'aurait pas eu lieu il y a quelques dizaines d'années".

Dans les faits, les températures enregistrées en hiver (décembre, janvier et février) s'écartent de plus en plus régulièrement de la normale saisonnière. La moyenne des températures mesurées les hivers des 30 dernières années sur 30 points en France (indicateur thermique) s'établit à 5,43 °C. Depuis 2014, chaque hiver a dépassé ce seuil. La moyenne "utilisée aujourd'hui se base sur les températures relevées entre 1981 et 2010. La nouvelle normale, entre 1991 et 2020, est calculée en ce moment et on devrait observer une légère hausse", précise Christine Berne.

Entre Noël et le jour de l'An, la semaine la plus douce enregistrée depuis 1947

Cette dernière infographie montre le caractère exceptionnel de la vague de douceur observée en France ces dernières semaines. Météo France a publié une image montrant, année par année, l'indicateur thermique national, sur une moyenne nationale entre le 24 décembre et le 31 décembre.

"Il s'agit bien de la semaine entre Noël et le Nouvel An la plus douce jamais enregistrée depuis 1947", écrit l'agence météo, rapportant que l'indicateur pour cette période de l'année 2021 se situe à +10,7 °C par rapport à la normale.

Pour Jean Jouzel, "des semaines exceptionnelles comme celle entre Noël et le jour de l'An seront de plus en plus fréquentes" dans le futur. Dans le détail, pour bien comprendre, il avance qu'il y aura de la "variabilité". Cela signifie que nous ne connaîtrons peut-être plus une telle douceur à la même période "pendant cinq ou six ans" mais que, au final, ces températures seront tout de même plus fréquentes en observant une période plus longue.

Si les températures douces entre les deux réveillons ont pu être appréciables pour passer un moment en famille ou entre amis, Robert Vautard estime que ce serait une erreur de regarder cet épisode uniquement d'un point de vue urbain, avec des terrasses ensoleillées et des berges appelant au pique-nique. "Pour l'agriculture, ce n'est pas forcément positif. La nature a besoin de froid en hiver pour ne pas bourgeonner trop tôt", rappelle-t-il. Là, en raison de l'activité humaine, "la nature va devoir s'adapter à des changements rapides et brutaux". Pour lui, cette "douceur extrême" est le "signe de perturbations globales qui vont toucher de nombreux systèmes et non pas seulement la vie de la période des fêtes".

Aussi agréables soient-elles, ces températures exceptionnelles s'apparentent, selon Jean Jouzel, à "une piqûre de rappel quant à la réalité du changement climatique qui nous redit l'urgence à agir".

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