Cinq questions sur l'appel à la "grève pour le climat" lancé par les lycéens et étudiants

Après la Belgique, l'Australie ou la Suisse, ces jeunes Français rejoignent ce mouvement international lancé par l'adolescente suédoise Greta Thunberg.

Une pancarte accrochée sur un arbre de la place de la République, à Paris, le 27 janvier 2019.
Une pancarte accrochée sur un arbre de la place de la République, à Paris, le 27 janvier 2019. (BENJAMIN FILARSKI / HANS LUCAS)

"Personne n'a envie d'étudier ou de travailler pour un futur qui n'existera pas." De jeunes Français ont appelé, vendredi 15 février, à se mettre en grève le 15 mars pour dénoncer l'inaction du gouvernement face au réchauffement climatique. "Nous, collégiens, lycéens et étudiants, avons notre mot à dire face à l'inaction de la majorité de nos aînés. C'est notre avenir qui est en jeu", écrivent-ils dans ce communiqué publié sur la page Facebook Youth for Climate France.

Après la Belgique, l'Australie ou la Suisse, ces jeunes Français rejoignent ce mouvement international lancé par l'adolescente suédoise Greta Thunberg. Comme elle, ils appellent à ne pas se rendre en cours le vendredi et à se rassembler pour mettre la pression sur les pouvoirs publics. Franceinfo pose sa loupe sur cette mobilisation inédite de la jeunesse.

A quoi va ressembler la mobilisation ?

En France, le mouvement en est encore au stade de bourgeons, mais l'idée est d'inviter tous les collégiens, lycéens et étudiants de France à se mettre en grève le vendredi 15 mars. Certains jeunes militants ont prévu de bouder les bancs de l'école dès ce vendredi, notamment à Paris, où un collectif d’étudiants a organisé un rassemblement à 14 heures devant le ministère de la Transition écologique et solidaire.

Ces étudiants comptent ensuite présenter une "revendication" chaque vendredi au gouvernement, sans préciser sous quelle forme. S'ils ne se sentent pas entendus, ils prévoient de se tourner vers "des actions de désobéissance civile". Ils appellent, par ailleurs, à se joindre le samedi aux rassemblements des "gilets jaunes".

Des rassemblements dans d'autres villes devraient aussi avoir lieu dès vendredi prochain : "Sur Nancy, on va commencer le 22 février. Ensuite, on se mettra en grève tous les vendredis", explique Maël Gauduchon, élève de terminale de 19 ans, qui organise la mobilisation en Meurthe-et-Moselle. D'après le site ilestencoretemps.fr, 49 grèves sont déjà prévues en France.

Comment est née la mobilisation ?

A la base du mouvement, il y a une personne : Greta Thunberg. Cette Suédoise de 16 ans est devenue célèbre après avoir commencé à manifester, seule, chaque semaine, devant le Parlement suédois. Depuis, l'adolescente a été invitée à la COP24 et au forum de Davos, en Suisse. "Je veux que vous ressentiez la peur que je ressens tous les jours. Et je veux que vous agissiez", a-t-elle lancée lors d'un discours remarqué face aux principaux dirigeants d'entreprises du monde.

Imitant son geste, des jeunes de plusieurs pays européens ont décidé de sécher les cours pour alerter leurs dirigeants sur l’urgence climatique. C'est le cas en Suisse, en Belgique, en Hollande, en Allemagne ou en Australie. D'après un calcul du Guardian (en anglais), plus de 70 000 élèves dans 270 villes du monde, feraient déjà grève. Ce mouvement mondial s'appelle désormais "Fridays For Future". "On a tous entendu parler de Greta. C'est quelqu'un de génial et on a tous eu envie de la suivre", résume Maël Gauduchon.

Qui est à l'initiative des rassemblements en France ?

En France, la mobilisation a été lancée par un petit groupe d'une dizaine de lycéens et étudiants, originaire d'un peu partout en France. "On a eu un peu tous la même idée chacun de notre côté, explique Maël Gauduchon. Du coup, on est entrés en contact sur les réseaux sociaux et on a décidé de mettre nos forces en commun pour écrire un appel national pour se mobiliser le 15 mars."

Construisons et exigeons une société plus respectueuse de l’Humanité et de la seule planète dont elle dispose, organisons une mobilisation historique sur notre territoire pour ce vendredi 15 mars 2019 !Extrait de l'appel à la "Grève des jeunes pour le climat"

"Nous avons discuté au téléphone tous ensemble pour se mettre d'accord sur les principaux points puis nous avons écrit cet appel, ensemble, sur Google Drive, raconte de son côté Solenn Marc, 20 ans, étudiante en deuxième année de psychologie, à Brest. L'idée, c'est que chacun organise une mobilisation dans sa ville, dans sa région, dans le cadre de cet appel national. Ce ne doit pas se concentrer uniquement à Paris car tout le monde est concerné."

Que réclament ces jeunes ?

"Un appel a été lancé par la jeunesse à une grève internationale pour le climat le vendredi 15 mars. Nous nous devons de répondre à cet appel, affirme le texte rédigé par les étudiants et lycéens français. Nous, collégiens, lycéens et étudiants, avons notre mot à dire face à l'inaction de la majorité de nos aînés. C'est notre avenir qui est en jeu."

Les organisateurs réclament du gouvernement qu'il proclame un "état d'urgence écologique". "L'accord de Paris est une très bonne chose, mais il n'est pas respecté et ne va pas assez loin, déplore Maël Gauduchon. Nous voulons faire pression sur les pouvoirs publics. Quand je vois François de Rugy, tout à l'heure sur franceinfo, qui dit que l'écologie passe par des 'actions individuelles', je me dis que ça ne peut pas être une réponse."

Se battre pour le climat, ce n'est pas uniquement fermer son robinet quand on se brosse les dents ou ne pas laisser la lumière allumée. Pour répondre à l'urgence écologique, nous devons obliger les responsables politiques et les patrons de multinationales à agir.Maël Gauduchon, lycéenà franceinfo

Si leur appel est adressé à la jeunesse, les organisateurs invitent aussi les plus vieux à se mobiliser auprès d'eux. "Nous n'excluons évidemment personne parce que la question du climat concerne absolument tout le monde, insiste Solenn Marc. Mais on est conscient que cela fait des années que rien ne change. Et comme dit Greta, si les adultes ne prennent pas leurs responsabilités, c'est à nous de les prendre pour eux."

Que répond le gouvernement ?

"Je me félicite que des jeunes et beaucoup d'autres citoyens" demandent "qu'on en fasse plus pour le climat, a assuré François de Rugy sur franceinfo. Je pense que nous pouvons marcher main dans la main pour le climat." 

Au point de soutenir l'appel à la grève formulé par les étudiants ? "Je suis père de famille, donc je n'inciterai pas à faire grève, a affirmé le ministre de la Transition écologique. Qu'ils commencent par convaincre leurs parents. Si les jeunes entraînent avec eux la société vers une action résolue qui est à la fois une action publique mais aussi l'action de tout un chacun, alors nous allons progresser encore plus vite dans la lutte contre le réchauffement climatique."