"Châteauroux aujourd'hui, c'est Agen il y a trente ans" : pourquoi Météo France met à jour ses normales de saison

Tous les dix ans, le service national révise ses moyennes de températures qui servent de référence, notamment pour les bulletins météo. Des données qui rendent compte des effets rapides du réchauffement climatique. 

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Radio France
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Le soleil vu depuis l'Hérault, le 25 août 2021. (ALAIN PITTON / NURPHOTO / AFP)

"C'est une petite révolution", que vit Météo France, mardi 28 juin, explique Matthieu Sorel, climatologue. Dix jours après l'épisode de canicule qui a touché une large partie du pays, le service officiel de météorologie et de climatologie français vient de mettre à jour ses normales de saison. Une révision réalisée tous les dix ans, comme le demande l'organisation climatique mondiale (OMM), afin de "décrire le mieux possible le climat dans lequel nous vivons". Jusqu'ici les températures moyennes de référence étaient celles de la période 1981-2010. Désormais, les bulletins météo se baseront sur les moyennes de la période 1991-2020. Et elles sont plein d'enseignements.

"Lille, c'était Rennes auparavant"

Selon cette actualisation, la température moyenne en France métropolitaine sur une année est de près de 13 degrés (12,97°C), soit une hausse de 0,42 degrés par rapport aux précédentes normales. "En 30 ans, l'évolution de la température annuelle moyenne a pris un peu plus d'un degré", constate Matthieu Sorel. Une hausse "largement imputable au réchauffement climatique", même si, tient-il à préciser, les résultats ont aussi subi l'influence d'une nouvelle méthode de calcul et des conditions de mesure, variables d'une station à l'autre. 

Si l'on compare les normales de 1961-1990 à celles de 1991-2020, on constate que "le climat de Lille actuellement était le climat de Rennes auparavant, que le climat de Châteauroux actuellement était le climat d'Agen auparavant, explique le climatologue de Météo France. Donc on voit qu'on a cette remontée vers le nord du climat des villes du Sud qui caractérisent bien malheureusement l'évolution des changements climatiques."

"Bientôt on pourra cultiver des vignes en Europe du Nord, ce ne sera plus seulement le fruit des régions de l'Europe du Sud. Le climat de Lyon d'avant est désormais le climat de Strasbourg." 

Matthieu Sorel, climatologue chez Météo France

à franceinfo

Même si ce réchauffement est homogène sur le pays, ce sont les régions de la façade est du pays (Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté et Grand-Est) qui connaissent la hausse la plus forte des normales de température : jusqu’à + 0,5 °C (notamment à Lyon, Nancy ou Strasbourg) entre les moyennes de la période 1981-2010 et celles de 1991-2020. À l’inverse, les hausses les plus faibles sont souvent observées dans les régions littorales avec entre +0,2 et +0,3°C, comme en Bretagne (+0,2°C à Caen) ou le littoral méditerranéen (+0,2°C à Bastia et Perpignan, +0,3°C à Nice). 

Mais ces moyennes annuelles masquent d'autres phénomènes : les dépassements de seuil. Ainsi le nombre de jours de "nuits tropicales", où les températures minimales supérieures dépassent les 20 degrés, est en hausse près du littoral méditerranéen : +5 jours à Montpellier ou Perpignan, +10 jours sur l’Île du Levant (Var), Nice ou Solenzara (Corse-du-Sud). Le nombre de jours de fortes chaleurs avec un thermomètre au dessus des 30 degrés est en hausse (+7 jours à Lyon, +8 jours à Nîmes, +10 jours à Marseille).

Autre enseignement : la hausse des normales est plus nette en fonction de la saison. C’est au printemps et en été que la moyenne des température grimpe le plus fortement (+0,48°C et +0,46°C), tandis que celle de l’hiver gagne +0,38°C et l’automne +0,32°C. En termes de pluie, les normales de précipitations évoluent peu entre la période 1981-2010 et 1991-2020.

>> Canicule : face au réchauffement climatique, les présentateurs météo "ne savent plus comment présenter les choses"

Ne pas oublier de mentionner les records

En relevant ses normales de saison, Météo France s'adapte donc à la réalité que nous vivons. Mais ne risque-t-elle pas, paradoxalement, de banaliser les effets du réchauffement climatique en établissant de nouvelles normes de températures ? Pour Matthieu Sorel, les prévisionnistes ne peuvent pas faire l'impasse sur les normales de saison : "C'est toujours intéressant de voir comment on se situe par rapport à une normale puisque dire que demain il fera 25 degrés à Toulouse, la plupart des gens sont incapables de dire si on est plutôt dans une situation classique, ou si on est plutôt dans une situation inhabituelle."

Mais il est indispensable, poursuit le climatologue, que les bulletins météo intègrent également les records de températures afin de rendre compte de l'évolution historique : "Ces records continuent de tomber. On l'a bien vu avec l'épisode de canicule exceptionnel et particulièrement précoce que nous avons vécu au mois de juin et ces records permettent de nous alerter sur le fait que nous sommes dans un climat qui évolue très très vite, qui évolue à la hausse et ce sur l'entièreté du pays."

Matthieu Sorel constate un effort de mise en perspective des températures dans les médias et espère voir désormais disparaître la notion, selon lui anachronique, de "beau temps".

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