Comment la canicule met à mal les centrales nucléaires

Deux réacteurs vont être mis à l'arrêt cette semaine dans le Tarn-et-Garonne en raison des températures extrêmes.

La centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), le 16 mars 2015.
La centrale nucléaire de Golfech (Tarn-et-Garonne), le 16 mars 2015. (PASCAL PAVANI / AFP)

Deux centrales nucléaires au "chômage technique" à cause de la canicule. Avec la vague de chaleur qui s'abat sur la France, EDF va arrêter cette semaine les deux réacteurs nucléaires de la centrale de Golfech (Tarn-et-Garonne). Et ce n'est peut être qu'un début. "Cet arrêt est susceptible de se prolonger", a précisé EDF dans un communiqué publié lundi 22 juillet. Et pour cause, production nucléaire et températures extrêmes ne font pas bon ménage... Franceinfo vous explique pourquoi.

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L'eau de refroidissement est trop chaude

Les centrales nucléaires ont besoin d'eau (fraîche) pour refroidir leurs réacteurs et dissiper l'énergie thermique qui n'est pas transformée en électricité – d'où la vapeur qui s'échappe des tours. Pour celles situées le long d'un fleuve ou d'une rivière, l'eau rejetée ne doit pas dépasser une température fixée par arrêté préfectoral. A Golfech, "celle-ci ne doit en effet pas dépasser les 28°C, sous peine de modifier l'équilibre environnemental de la Garonne", explique Europe 1D'autres réacteurs français sont aussi en "préalerte".

En août 2018, la poussée du mercure avait contraint l'exploitant à moduler voire interrompre la production des réacteurs à Bugey, Saint-Alban et Fessenheim, pour cause de surchauffe du Rhône et du grand canal d'Alsace. Le problème de refroidissement peut aussi intervenir quand la canicule se cumule... à la sécheresse, comme c'est le cas actuellement dans de nombreux départements. Le débit limité du Rhône a déjà obligé la centrale du Tricastin à réduire son activité le week-end dernier, indique Le Figaro.

Les températures à l'intérieur sont trop élevées

Quid de l'air ? Au cœur de la centrale, des températures élevées peuvent, en cas d'équipements sous-dimensionnés, affecter le fonctionnement des ventilations et les capacités de refroidissement des systèmes de sûreté, indique l'Institut de radioprotection et sûreté nucléaire (IRSN). Et cela est déjà arrivé... Les températures maximales de référence, fixées à la conception des centrales dans les années 1970, ont été dépassées en 2003, poussant EDF à les réviser et à renforcer ses équipements.

Depuis, des échangeurs thermiques ont été améliorés, des climatiseurs installés, des batteries froides ajoutées sur certains systèmes de ventilation... Mais ce n'est pas toujours suffisant. Lors des examens décennaux de sûreté, EDF continue à revoir ses températures de référence, en fonction aussi des prévisions climatiques du Giec, explique Olivier Dubois, adjoint au directeur de l'expertise de sûreté de l'IRSN, à l'AFP. Les ventilations de certains locaux devront ainsi être renforcées pour les réacteurs de 900 MWe.

Les systèmes d'urgence pourraient ne pas marcher

Pendant la canicule, les systèmes d'urgence fonctionneraient aussi moins bien. En effet, les groupes électrogènes (ou "diesels") de secours sont des matériels essentiels à la sûreté en cas d'accident... Mais leur fonctionnement pourrait être altéré par de fortes températures extérieures, craint l'Institut de radioprotection et sûreté nucléaire (IRSN).

"Si ces diesels ne produisent pas la puissance nécessaire en cas d'accident, là c'est un vrai problème de sûreté, explique Olivier Dubois. On a donc demandé à EDF de les tester en période de grand chaud. Car quand la température de l'air augmente, le rendement du moteur baisse." Un essai a été mené fin juin à Dampierre (Yvelines), qui doit être reproduit sur toutes les centrales.

"Une canicule est une agression qui peut mettre en cause la sûreté des centrales, donc c'est important, c'est quelque chose qui se produit presque chaque année" désormais, rappelle Olivier Dubois.