Télécoms : un retour à trois opérateurs, mauvaise affaire pour le consommateur ?

La perspective d'une fusion entre Bouygues et SFR "peut inquiéter le consommateur", selon l'UFC-Que choisir, qui redoute une hausse des prix et une baisse de la qualité. 

Des clients passent devant une boutique SFR à Paris, le 6 mars 2014.
Des clients passent devant une boutique SFR à Paris, le 6 mars 2014. (REMY DE LA MAUVINIERE / AP / SIPA)

Avec la mise en vente de SFR, le secteur de la téléphonie est en effervescence lundi 10 mars. Une fusion Bouygues-SFR déboucherait en effet sur un retour à trois opérateurs, contre quatre actuellement avec Orange, Bouygues, SFR et Free. Quelles conséquences pour les consommateurs ? Doivent-ils redouter une hausse des tarifs ? 

L'UFC-Que choisir s'inquiète d'une hausse des prix

Pour l'association de consommateurs UFC-Que choisir, cette perspective "peut inquiéter le consommateur". Son président, Alain Bazot, a ainsi redouté une hausse des prix et une détérioration de la qualité du service, dimanche 9 mars. D'autre part, "on peut avoir la crainte que les prix n'augmentent, ce n'est pas une hypothèse farfelue, c'est ce qu'ont connu les Autrichiens" quand leur marché est passé de quatre à trois opérateurs, a-t-il noté.

Alain Bazot a rappelé que "les clients en France ont beaucoup souffert de l'existence d'un cartel de trois opérateurs, qui avait réalisé une entente illicite" condamnée avec l'aide de l'UFC. L'arrivée de Free en janvier 2012 avait dynamisé la concurrence et fait baisser les prix.

"Si le marché français revient à trois opérateurs, on va avoir d'un seul coup sur le seul réseau de SFR, tous les clients SFR plus ceux de Bouygues", ajoute Alain Bazot. Le président de l'UFC s'interroge sur "la capacité d'absorption de ce réseau. Il y a une question de mise en œuvre et donc de qualité de service."

Des analystes évoquent le cas autrichien

Les analystes financiers d'Oddo Securities estiment eux aussi que la fusion entre Bouygues et SFR et le retour à trois opérateurs entraîneraient une pause dans la guerre des prix. Dans une note de 54 pages, mentionnée par Libération (article payant), ces analystes évoquent le cas de l'Autriche.

Passé de quatre à trois opérateurs fin 2012, le pays a connu des hausses de tarifs quasi-immédiates. Selon Libération, le prix moyen des forfaits a bondi de 6% au lendemain de l'opération. Pire, le prix de certains forfaits a grimpé de 18,7% en à peine deux ans. Une situation qui n'est pas de bon augure pour la France.

Une possible stabilisation des prix

Interrogé par Le Monde, Didier Rousseau, président du cabinet de stratégie Weave, n'imagine pas un scénario avec une hausse notable des prix. En revanche, ce dernier estime que les prix pourraient se stabiliser : "Les opérateurs ont besoin de souffler, et pour ce faire ils vont cesser de tirer les forfaits vers le bas."

Si ce dernier considère qu'il n'existe pas de lien direct entre le nombre d'opérateurs et la hausse des prix (au regard du nombre de forfaits différents), il pense que le passage à trois opérateurs pourrait permettre aux entreprises de se redonner un peu de marge afin de réaliser les investissements nécessaires, notamment pour le réseau 4G. 

Free pourrait tirer les prix vers le bas

Comme l'explique Le Parisien dans son édition de lundi, si la fusion Bouygues-SFR a lieu, Free "se retrouvera comme David entre deux géants". Et devra donc se faire une place au soleil en jouant sur deux tableaux : le prix et l'innovation. Pour le quotidien, l'opérateur pourra en plus dégager "des marges de manœuvre" du fait des économies réalisées en récupérant le réseau de Bouygues. "On peut s'attendre à ce que (...) Free dégaine de nouvelles offres agressives", conclut ainsi Le Parisien

C'est, semble-t-il, ce que souhaite le groupe de Xavier Niel. "Deux acteurs face à un petit en bonne santé, c'est la meilleure garantie que l'on reste agressif", indique-t-on dans l'entourage de Free, cité par Libération. Dans un entretien au Monde, Maxime Lombardini, directeur général d'Iliad (maison mère de Free Mobile), affirme qu'il "n'y a aucune raison" que les prix augmentent : "Nous aurons tout intérêt à maintenir des offres et des prix attractifs pour attirer de nouveaux abonnés."