Déploiement de la 5G : "On regrette que le gouvernement passe en force en mélangeant vitesse et précipitation", dénonce l'association Agir pour l'environnement

Stéphen Kerckhove, délégué général de l'association, estime qu'aucune évaluation sanitaire et environnementale ont été mené concernant le déploiement de la 5G. 

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Radio France
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Une antenne 5G à Bordeaux.  (CB / EPA)

"Aujourd'hui, on est complètement démunis : zéro évaluation environnementale, zéro évaluation sanitaire et pourtant le gouvernement passe en force", a déclaré mercredi 18 novembre sur franceinfo Stéphen Kerckhove, délégué général de l'association Agir pour l'environnement, alors que le réseau 5G est officiellement lancé aujourd'hui. Cette nouvelle génération de réseaux mobiles censée augmenter le débit et la vitesse de nos communications, à l'image des premières antennes dans neuf villes-tests : Paris, Marseille, Lyon, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Rouen, Nantes et Lille. Quant au déploiement, les opérateurs vont poursuivre dans les prochains mois l'implantation de milliers de nouveaux pylones jusqu'en 2025.

franceinfo : Vous auriez préféré qu'on attende pour ce déploiement de la 5G ?

Stéphen Kerckhove : Oui, on regrette que le gouvernement ait décidé de passer en force en mélangeant vitesse et précipitation. D'autant que nous attendons un rapport de l'Agence nationale de sécurité environnementale qui va évaluer les éventuels effets sanitaires de la 5G sur la santé en janvier prochain. Une fois encore, l'agenda du ministre pour les attributions de fréquences est avant tout dicté par la période des fêtes de Noël où on vend beaucoup de forfaits. C'est donc motivé par le lobbying des opérateurs et pas du tout par une volonté de mettre les choses dans l'ordre, c'est-à-dire attendre que les évaluations arrivent et éventuellement faire le bon choix. Aujourd'hui, on est complètement démunis : zéro évaluation environnementale, zéro évaluation sanitaire et pourtant le gouvernement qui passe en force.

Quand la ministre déléguée à l'industrie, Agnès Pannier-Runacher, dit sur franceinfo qu'il y a 28 000 études qui montrent qu'il n'y a pas d'impact sur la santé dans le monde, ça ne vous convainc pas ?

Je pense que c'est une multi-récidiviste de l'approximation. Or, le statut de ministre devrait vous obliger à l'exactitude. Il ne s'agit pas de 28 000 études sur la téléphonie mobile mais sur les ondes (lumineuses, sonores et électromagnétiques). Il n'y a que 4 000 études qui ont été conduites sur les effets potentiels des ondes électromagnétiques et elles ne vont absolument pas dans le même sens. Aujourd'hui il y a un certain nombre de questionnement sur l'impact sanitaire. Si l'Anses, l'Agence nationale de sécurité sanitaire, travaille sur cette question de 5G c'est qu'on n'a pas beaucoup d'études sur les fréquences utilisées par la 5G. En revanche on a une certitude, c'est l'impact sanitaire du numérique sur l'addiction : un adolescent de 13 à 18 ans va passer 6h40 devant un écran et la 5G va amplifier ce mouvement-là alors qu'on sait que l'addiction au numérique réduit les capacités cognitives des enfants, engendre de l'hyper-activité, de l'insomnie, de l'infobésité... Tous ces éléments-là devraient contribuer à avoir un vrai débat public de société. Et nous regrettons que le gouvernement n'ait pas saisi la Commission nationale du débat public.

Les arguments des opérateurs qui disent avoir besoin de la 5G pour gérer l'augmentation du trafic et éviter la saturation de leurs réseaux mobiles, ça ne tient pas pour vous ?

Tout dépend de quoi nous parlons. Les trois usages que l'on suppose naître de la 5G ce sont : l'accompagnement de l'explosion du streaming, ce sont les objets connectés et la télésurveillance avec la reconnaissance faciale. L'ensemble de ces éléments vont augmenter la consommation d'électricité du secteur du numérique et les émissions de gaz à effet de serre et tout ça pour un usage qui est plus que problématique. Aujourd'hui, on a un certain nombre d'acteurs qui attendent la 5G avec délectation pour amplifier cette captation de données personnelles. [Pour contrer cela], nous avons à nouveau saisi le Conseil d'Etat en référé pour suspendre les attibutions de fréquences. Nous espérons que le Conseil d'Etat obligera le gouvernement à revoir sa copie et on espère aussi que les maires qui vont subir les mobilisations citoyennes localement vont largement adopter des moratoires pour ce développement qui se fait en dehors de toute raison et de toute analyse objective des conséquences de la 5G. Les mairies peuvent avoir un vrai impact en tant que propriétaires, parce que les antennes relais sont installées sur du mobilier public, sur du patrimoine géré par les villes et nous incitons les mairies à faire pression sur les opérateurs et sur le gouvernement pour empêcher le déploiement de cette 5G sur son patrimoine.

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