"L’immersion du joueur est une quête sans fin" : le directeur d'un studio PlayStation raconte les défis de la réalité virtuelle dans le jeu vidéo

Nicolas Doucet est directeur de la Team Asobi, un studio installé au Japon qui travaille pour Sony. Il a notamment développé les titres "Astro Bot : Rescue Mission" et "Astro’s Playroom", qui ont permis de mettre en valeur le casque de réalité virtuelle et la DualSense, la manette de la PlayStation 5. Il nous raconte les défis pour favoriser le sentiment d’immersion chez les joueurs.

Article rédigé par
Gaël Simon - franceinfo Culture
France Télévisions Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Nicolas Doucet dirige la Team Asobi, un studio qui travaille pour Sony au Japon. (SONY)

Astro, c’est un robot blanc tout mignon, véritable pionnier du gaming. En 2018, il nous faisait découvrir le casque de réalité virtuelle sur PlayStation 4 dans Astro Bot : Rescue Mission. L’année dernière, ses aventures dans Astro's Playroom nous permettaient d’appréhender toutes les possibilités offertes par la DualSense, la manette qui accompagne la PlayStation 5.

Cet aventurier des temps modernes, on le doit à la Team Asobi, un studio de la marque Sony installé au Japon qui regroupe une cinquantaine de personnes et dirigé par le Français Nicolas Doucet. Ce passionné de jeux vidéo qui a grandi dans le Gers avant de s’envoler pour Londres puis Tokyo travaille pour le groupe nippon depuis près de 15 ans. Il nous raconte le défi que représente la virtual reality (VR) pour les développeurs de jeux vidéo et évoque les domaines que pourrait explorer le gaming dans les prochaines années afin de renforcer le sentiment d’immersion chez les joueurs.

L’immersion, une quête permanente dans le monde du gaming

Le 19 novembre 2020, la sortie de la PlayStation 5 en France marque le passage à la nouvelle génération du jeu vidéo. Celle qui offre une expérience sensorielle unique. À la vue et au son s’ajoute désormais le toucher grâce à sa toute nouvelle manette, pour une immersion totale. Un besoin qui n'est pourtant pas nouveau. Selon Nicolas Doucet, les développeurs de titres et de consoles ont toujours cherché à répondre à cette envie spécifique du joueur.

Nicolas Doucet, bien accompagné par Astro. (SONY)

"L’immersion a toujours été au cœur du jeu vidéo, même dans les vieilles consoles. On a cherché à avoir des mondes ouverts, puis on est passé à la 3D qui a donné un sentiment de liberté. L’immersion est une quête sans fin", décrit le Français de 42 ans qui a découvert le jeu vidéo dès ses 11 ans sur une console… Nintendo.

Parmi les terrains contemporains actuellement explorés par Sony et PlayStation, la VR occupe une grande place, notamment à travers l’expérience du casque de réalité virtuelle, dont 5 millions d’unités ont été vendues depuis son lancement en 2016. Le directeur de la Team Asobi au Japon compare alors les débuts de la VR à l’émergence des premiers jeux vidéo sur téléphone mobile."Ce sont des technologies qui amènent une autre dimension. Au début dans les jeux sur mobile, la première chose à laquelle on pensait, c’était de prendre des jeux traditionnels et les mettre sur un petit écran. Puis on s’est rendus compte qu’ils devaient développer leurs codes à eux"

La VR, c’est un complément, c’est une autre manière de jouer aux jeux vidéo. Ça a de grandes forces. Il y a un élément de magie. Je considère ça comme un pend différent des jeux vidéo

Nicolas Doucet

directeur de la Team Asobi

Mais pour le directeur du studio installé à Tokyo, difficile de déterminer pour l’heure les prochains défis de la réalité virtuelle. C’est en creusant que l’univers du jeu vidéo fera émerger de nouvelles possibilités. "La VR est dans cette zone où elle se découvre toujours. Ça veut dire qu’il y a une certaine profondeur. Si on trouve les réponses tout de suite, ça veut dire qu’on a vite gratté et qu’il n’y a rien autour. Il y a un terreau à exploiter", estime Nicolas Doucet.

La DualSense et le casque VR, plus que des gadgets ?

À l’heure actuelle, l’immersion passe donc par des outils comme la DualSense, la manette nouvelle génération made in Sony et le casque de réalité virtuelle. Mais au final, ne sont-ils pas de simples gadgets ? "C’est l’utilisation qu’on en fait qui compte, répond-il. Le casque est un gadget que si on se cantonne à cela. À partir du moment où on utilise une technologie et qu’on l’exploite pleinement, on se retrouve avec des possibilités qui n’existaient pas avant".

Après avoir testé Astro’s Playroom l’année dernière, nous avions pourtant eu du mal à revenir en arrière avec des titres qui n’exploitaient pas autant la DualSense. Et pour l’heure, peu de jeux nous ont paru aussi probants dans leur capacité à offrir autant de sensations à travers la manette. Mais Nicolas Doucet en est convaincu, la dernière manette de Sony sera très vite mise en valeur. La Team Asobi a d’ailleurs envoyé des documents de pratique à différents studios afin qu’ils utilisent toutes les capacités de l’accessoire.

"On a pu passer deux ans à travailler sur la manette. Il y a une avance visible. Mais les développeurs la rattrapent. Il y avait une différence au début car on a mis toute notre énergie là-dedans, là ou d’autres jeux l’avaient peut-être mise dans les graphismes. Au fil du temps, on va arriver à ce niveau", assure-t-il.

Concilier jeux efficaces et avancées technologiques

À travers Astro Bot : Rescue Mission en 2018 puis Astro’s Playroom en 2020, la Team Asobi a fait l’inventaire des possibilités offertes par le casque de réalité virtuelle et la DuelSense. Mais bien plus que de simples catalogues, ces deux jeux denses, colorés et aux histoires inspirées de l’univers Pixar ont été salués par la critique. Quel est le secret d’un titre qui exploite avec brio des avancées technologiques ?

"Ce qu’on avait comme moteur, c’est qu’il fallait que ce soit à la fois des jeux avec des codes traditionnels mais qui exploitent les possibilités comme une attraction. Les jeux deviennent intéressants quand ils jouent sur ces deux tableaux".

Notre idée, c’est le gameplay. Toutes les secondes, il faut qu'il se passe quelque-chose émotionnellement en appuyant sur un bouton

Nicolas Doucet

directeur de la Team Asobi

C’est notamment un vrai puzzle qui s’est mis en place pour développer Astro’s Playroom et concilier la trame narrative hommage aux 25 ans de Playstation avec l’éventail des évolutions de la DualSense. "Traditionnellement on choisit ses environnements puis on les remplit. Là, on avait tous les ingrédients, ensuite il a fallu choisir le bon thème pour matcher. La plupart des idées dans le jeu viennent de démonstrations techniques faites lorsqu’on explorait la manette. Ce sont des petits casse-têtes mais c’est agréable à faire", raconte Nicolas Doucet qui se montre par contre discret sur ses projets futurs.

Quant à Astro, après avoir sublimé la réalité virtuelle et exploité la DualSense comme personne, il pourrait bel et bien faire son retour sur nos écrans et dans nos consoles. "Si la demande est forte, pourquoi pas", s’amuse le producteur français.

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